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Voici un extrait du livret réalisé à l'occasion de l'installation de la crêperie Blé Noir sur le site de Keroual.


Vous pouvez lire une vie plus complète de Louise de Keroual
(quoiqu'encore inachevée) en cliquant sur le lien suivant :
vie de la duchesse de Portsmouth.

     KEROUAL

UNE BALADE DANS L'HISTOIRE
PROPOSÉE PAR BLÉ NOIR

En nous installant à Keroual, nous avons voulu tout naturellement nous intéresser à l'histoire de ce site merveilleux.

Cette curiosité s'est transformée en véritable passion que nous souhaitons vous faire partager, simplement et sans prétention...


Louise de Keroual
par Henry Gascard (détail)
by courtesy : Auckland Art Gallery

Keroual,
le 20 octobre 1988

mise à jour de septembre 2003

LOUISE DE KEROUAL

KEROUAL évoque surtout un château et un joli bois aux allées ombragées...
Mais combien se rappellent Louise-Renée de Penancoët, plus connue sous le nom de Louise de Keroual ?
Combien connaissent cette femme qui joua un rôle de premier plan dans la politique extérieure de la France du temps des conquêtes de Louis XIV ?

Louise, née à Keroual en 1649, fit ses études au couvent de Lesneven où sa tante était religieuse. Fut-elle attentive aux leçons ? Nous l'ignorons. Nous savons seulement qu'elle demeura toute sa vie réfractaire à la grammaire et à l'orthographe. Ses lettres fourmillant de fautes en font foi...

Extrait d'une lettre de Louise au comte de Pontchartain, en date du 4 octobre 1692 :
"l'extresme misere dais abistans et dais paysant alantour daubignie qui est ma duché me fait monsieur avec instence vous conjurer davoyr pitiés du maleureux estat ou i sont réduyt... L duchesse de porsmout"

Sa beauté attirait tous les regards.

Mais quelle ambition peut nourrir une jeune fille isolée dans une petite paroisse du Léon, si bien née et si jolie soit-elle ?

 

L'EXTRAORDINAIRE DESTIN DE LOUISE DE PENANCOËT DE KEROUALZE

Le duc de Beaufort, petit-fils de Henri IV et de Gabrielle d'Estrées, grand amiral de France, venu à Brest pour désarmer la flotte, fut subjugué par la beauté de Louise. A son départ, il promit d'user de son crédit pour faire nommer Louise auprès d'Henriette d'Orléans. Madame, fille du roi Charles Ier d'Angleterre et d'Henriette de France, fille de Henri IV.
Madame, se souvenant que sa mère en exil fut accueillie par Guillaume Penancoët en 1644, accepta de la recevoir comme demoiselle d'honneur.
Voilà Louise subitement transportée de Bretagne à Paris... En mars 1670, le roi Louis XIV décide d'aller en Flandres montrer à la reine les nouvelles provinces. Madame l'accompagne, pour de là, se rendre en Angleterre engager des négociations avec son frère Charles II. Louise est du voyage.
Au mois de mai de la même année, Madame embarque à Dunkerque et rencontre le roi, Charles II d'Angleterre.
Après quelques jours de liesse, il faut se séparer. Ils sont déchirants ces adieux, comme si le frère et la sœur devinaient qu'ils ne se reverront plus. Charles II comble sa sœur de cadeaux et lui demande, en témoignange d'affection, un bijou. Lorsque Louise apparaît, portant une cassette de joyaux, le roi, prenant la main de la demoiselle d'honneur, déclare : "Voilà le seul bijou que j'ambitionne !"

DU PALAIS ROYAL A LA COUR D'ANGLETERRE

C'est alors que Louis XIV, informé de l'effet qu'elle a produit sur le roi, propose à Louise le rôle d'agent secret à la cour d'Angleterre. Il faut au roi de France une personne de confiance qui s'assurera que Charles II reste fidèle au traité de Douvres (l'alliance avec la France, la conversion de Charles II au catholicisme et la neutralité de l'Angleterre). Comment résister à une "proposition" de Louis XIV ? N'est-ce pas un ordre ?...


A la fin de l'année 1670, c'est décidé ! Louise part pour l'Angleterre : officiellement, elle doit remplir les fonctions de fille d'honneur de Catherine de Bragance, reine d'Angleterre. Voilà donc Louise de Keroual à la cour de Londres. Elle est logée au palais de Whitehall et remplit honnêtement sa tâche auprès de la reine. Les mois passent sans apporter de changement dans le comportement d'un roi véritableemnt amoureux de la petite Bretonne venue infléchir sa politique.
Charles II rend fréquemment visite à Louise et la comble de présents... Louise n'accorde rien.

Colbert de Croissy, frère du grand Colbert, fait un rapport régulier à Louis XIV qui lui écrira :
"Conseillez à cette demoiselle de consentir à tout ce que le Roy désirerait et qu'il n'y a point d'autre parti pour elle que celui-là ou une religion en France..."
Par religion, entendez couvent...
Louise cèdera enfin aux désirs de Charles II à la grande satisfaction de l'ambassadeur de France (attentif... on le devine!...)
De cet abandon naîtra Charles Lennox le 29 juillet 1672 : le roi ne reconnaîtra pas cet enfant, le cinquième bâtard de l'année !
Guillaume de Penancoët maudira sa fille jusqu'à ce qu'une lettre de Louis XIV lui "ordonne" le pardon. Louise, désavouée par sa famille, cherchera à acquérir titres, honneurs et richesse avec l'espoir secret d'épouser un jour le roi Charles II.

Quinze ans durant, son influence diplomatique sur la maison d'Angleterre, suggérée par le Roi Soleil, atteindra un niveau que n'égaleront jamais la Vallière ou la Montespan, favorites de Louis XIV. La jeune Bretonne devient baronne de Petersfiled, comtesse de Farnham et duchesse de Portsmouth. Les égards que lui témoignent deux rois aussi prestigieux que Louis XIV et Charles II consolent Louise des avanies qu'elle doit essuyer à la cour d'Angleterre.
A trois ans, Charles Lennox est enfin reconnu : il devient chevalier de l'Ordre de la jarretière, comte de March et duc de Richmond, dont la lignée existe toujours.

Louise se fait naturaliser Anglaise. En récompense des services rendus à Louis XIV, elle reçoit, en 1673, la terre d'Aubigny, dans le Berry, qui est érigée en duché. Elle n'oublie pas les siens : elle fait venir sa jeune sœur Henriette-Mauricette, à qui elle procurera une pension et un mari, le comte de Pembrock.
Toujours soucieuse de ses intérêts, Louise achète, en juin 1684, la grande seigneurie du Châtel qui la rend propriétaire de domaines considérables dans 24 paroisses du Léon, dont Recouvrance.

En février 1685, Louise, au chevet de Charles II mourant, lui permettra de recevoir, en pays hostile à Rome, les derniers sacrements catholiques. Les derniers du roi sont :
"Madame de Portsmouth et son fils sont les personnes que j'aime le mieux."
Louise, sans protection, est alors chassée de la cour d'Angleterre. Egalement indésirable à la cour de France, elle retourne en Bretagne, tantôt à Keroual, tantôt en son hôtel des Sept-Saints, face au château de Brest. Elle y vit en châtelaine, visitant ses terres, faisant respecter ses droits et acceptant d'être la marraine d'enfants de la noblesse léonarde.

LES DERNIERES ANNEES DE LOUISE

Déçue dans ses biens matériels qui vont en s'amenuisant, sans doute à cause d'une mauvaise administration et par son goût du jeu, Louise est obligée de mettre en vente, en 1747, sa terre du Châtel, et même Keroual.
Elle quitte la Bretagne pour sa terre d'Aubigny dans le Berry, où, grâce aux pensions de Louis XIV et plus tard du Régent, elle consacrera ses dernières années à la prière et à la bienfaisance. Là, elle fonde un couvent de religieuses hospitalières, s'oocupe des paysans, des vieillards, des malades, et de l'enseigneemnt des enfants.

Elle meurt à Paris, où elle s'était rendue pour consulter des médecins, le 14 novembre 1734, à l'âge de 85 ans.

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