Les propriétaires successifs du domaine de Keroual

Les Rohan-Guéméné

Le 11 mars 1778, Armand-Louis de Gontaut-Biron vend les seigneuries du Châtel et de Carman pour la somme de 3 908 000 livres.
L'acquéreur en est Henri-Louis-Marie de Rohan-Guéméné (1745-1809), grand chambellan, capitaine-lieutenant des gendarmes de la garde ordinaire du roi (Louis XVI).
A la tête de la Chambre du Roi parade le Grand Chambellan. Sa charge [...] lui procure l'un des premiers rangs auprès du souverain dans les rites et cérémonies de cour, écrit Michel Antoine dans son livre "Louis XV".
Grand officier de la Couronne, le grand chambellan a vu au fil des siècles sa charge devenir plus honorifique au fur et à mesure que se développaient les différents ministères d'Etat. Si sous François Ier, il signe les chartes, garde le sceau secret du roi, reçoit les hommages rendus à la Couronne ; au XVIIIe siècle, une de ses prérogatives "de ne céder qu'aux princes du sang l'honneur de donner [au roi] sa chemise à son lever" (Michel Antoine).

 

La vente du 11 mars 1778 donne des détails sur les terres acquises :
   - la terre, seigneurie et domaine du Châtel, Keroualle, Mesnoalet ;
   - la terre et marquisat du Carman, la baronnie de Lesquelen, la seigneurie de Damany
   - et les droits en dépendant, notamment le droit de percevoir les trois-quarts des lods et ventes dans les paroisses du Minihy de Saint-Pol-de-Léon, les droits des prééminences et présentation des canonicats aux églises de Kersaint-Trémazan et Sainte-Anne de Lesneven et chapelles de N.D. de Recouvrance, N.D. de Trézien, N.D. de Porspoder, N.D. de Bodonou, Saint-Eloi, Saint-Laurent, Saint-Antoine, Saint-Samson, Saint-Convel, Lochrist, Keroualle, N.D. de Pitié....
L'acquéreur déclare que les biens relevant du Roi sous son domaine de Brest valent 1 612 944 livres ; ceux relevant du domaine du Roi à Lesneven 1 312 944 livres 10 sols ; ceux relevant de la principauté de Léon, à Landerneau, 496 111 livres et ceux relevant du fief des réguaires de Léion, 24 000 livres.

Un établissement de cure près des sources de Keroual aurait été autorisé par Monseigneur le prince de Guéméné selon l'écrit du docteur Breton sur les Eaux minérales de Keroualle (voir le chapitre sur les eaux à Guilers). Le titre de prince que donne le docteur Breton à Henri-Louis-Marie de Rohan s'accorde tout à fait à ce descendant d'une famille illustre et connue de "haute antiquité". Comme l'indique leur devise "Roi ne puis, duc ne daigne, Rohan suis", la famille alliée à la maison de Bretagne et à d'autres maisons souveraines, est riche et puissante. Elle a produit des hommes de guerre, maréchaux et lieutenants-généraux ; des hommes de la maison du Roi ; des hommes d'église, évêques-princes de Strasbourg, grands aumôniers dont Louis-René-Edouard, à l'origine d'un scandale à la cour de Louis XVI.

"Le prince de Guéméné, époux de la fille du maréchal de Soubise, pour faire face à ses énormes dépenses de grand seigneur, avait depuis plusieurs années, fondé avec différents membres de sa famille, une banque qui rayonnait sur tout le Finistère, ayant même une succursale à Lorient, et le 2 octobre 1782, il fit une faillite dont le passif monta à 33 millions de livres, un chiffre énorme pour l'époque" écrit Denis de Thézan. Cette somme correspond à la dette américaine dûe à la France après la Guerre d'Indépendance (35 millions de livres soit environ 117 millions d'euros).
Le crack de la banque Rohan est une calamité pour la ville de Brest. Les habitants y ont en effet placé près de 3 millions de livres.


Brest côté Recouvrance
(dessin de Guillaume Toscer paru dans la Dépêche de Brest)

On remarque, sur ce dessin, la tour de la Motte-Tanguy, siège de la juridiction du Châtel à Brest.

sources
archives départementales du Finistère - série B
Michel Antoine, Louis XV, ed. Fayard, 1989
Denis de Thézan, Histoire de la maison de Ploeuc, 1872



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