Les noms bretons des chemins

Streat vient du latin strada (route). Ce mot se retrouve peu à Guilers et souvent pour désigner une voie peu praticable : stréat voan (route étroite) à Keredern et Keraudren, stréat zon (route profonde c'est-à-dire encaissée) à Kerionoc. Il est à noter streat nevez (rue neuve) à Penfeld izella. (Les noms des parcelles sont tirées des matrices cadastrales de Guilers de 1837).

Hent : c'est de loin le plus utilisé. Ce mot signifie chemin mais prend une autre dimension si on lui ajoute meur ou bras. Ces deux adjectifs veulent dire "grand" mais meur est plus ancien. La plupart du temps hent meur ou hent bras sont le signe d'une voie ancienne ou d'une voie romaine. Ceci se vérifie à Guilers près de la voie romaine nord (lannoc an hent bras à Oaléjou, parc et liors an hent bras à Languero, goarem an hent bras à Coat ar guéot), près des voies anciennes (toullic an hent meur à Keraudren, parc an hent bras à Kerebars, goarem an hent bras à Kervaziou, autres goarem an hent bras au Dervez et à Kermabivin). A noter an hent coz (la vieille route) au village d'An Oalejou et à Pen ar creac'h mais il n'existe pas de hent nevez contrairement à ce qui a pu se faire avec streat.

Pave, déjà rencontré au chapitre sur la période gallo-romaine, indique une voie empierrée. Ce phénomène est assez rare pour que les anciens aient voulu préciser que telle ou telle voie avait fait l'objet d'attentions particulières. C'est au bourg et près des villages l'environnant (Kerilis, le Louc'h et Kerjezequel) que se trouvent les parc ar pavé (champ du [chemin] pavé).

Bali se retrouve dans tous les coins de la commune, c'est l'allée bordée d'arbres qui mène à un domaine. On la voit à Menez bian, Treveo, Kermerrien, Kerallouet, Kergompes, Keraudren, Saint-Fiacre, Kerebars, la Tour, Mesnoalet, Kerilis, Quevrel, Dervez, Kerboroné, Kerloquin et au bourg. Deux villages portent ce nom : Pen ar valy et Kervaly. Quand ont été levées les matrices cadastrales, il y a eu parfois des confusions entre le français et le breton : liors la vallée à Kermerrien est en fait un liors ar valy (le courtil de l'avenue).

Rabin est francisé en rabine dans, par exemple, la rabine de Croas annuel. C'est une allée, une avenue plantée d'arbres. Le mot rabin ne doit pas être confondu avec ribin qui lui indique un passage étroit.

Pourrastel, comme bali, mène à un domaine. C'est la voie d'entrée à la ferme. On trouve ce terme à Pen ar C'Hoat, an Oalejou, Lanvian, le Dervez, Kermabivin, Kerloquin, Keriolet, Keraudren. Le village de Kerebars bian possède une parcelle nommée "goarem pour rastil Coat ty ar bescond" (la garenne de l'entrée de Coat ty bescond). Une différence peut être faite entre bali et pourrastel concernant les talus : les arbres de haute futaie semblent valoir pour bali tandis que les talus des pourrastel sont couverts de végétation à courte révolution (saules, noisetiers, aubépines) et de chênes régulièrement émondés.

Kroazh hent, littéralement la croix des chemins, est souvent orthographiée sur les matrices Croassant (jusqu'à même être francisé en Croissant, comme à Langolen par exemple). A Guilers, les Croassant de Kerebars, de Coat ar gueot, de Kergreis, de Pen ar valy, de Keroual bian et du Menhir trouvent un pendant plus correctement écrit dans la Croas an hent de Kerjezequel.
Croas land, au niveau de l'école Ste Thérèse, est une déformation de Kroaz Hent. Pire encore sont les Trois Singes de Castelmein : il y a eu là incompréhension manifeste du scripteur. Hent se prononce souvent hench en léonard, alors ... entre kroaz hench et trois singes, lequel est le plus intelligible en français ? (je n'ai pas dit le moins ridicule !)


(6) au croisement de Kroazig ar voualc'h,
le chemin de Recouvrance à Saint-Renan descend sur Lambalez

Rann-hent : de nombreuses parcelles portent le nom de goarem ranhent ou parc ar ranhent (la garenne ou le champ du "ranhent") et se trouvent toutes au bord d'un chemin. Je n'ai pas trouvé d'explication à ce mot sinon qu'on peut le décomposer en rann (portion, part - dans les temps anciens, rann donne une notion de superficie) et hent (route) : goarem ou parc ranhent seraient-elles des parcelles prises sur le chemin, comme cela a pu se faire encore au XIXe siècle à Kervaly, ou des "rann" près de la route ? Le catalogue-guide du Musée de Bretagne (éditions GPR Rennes - sept. 1981) indique qu'au Moyen-Âge, le "ran, exploitation plus courante [que le tref ou treb] était autonome, de petite taille, se suffisant à lui-même. Aux deux hectares labourables en moyenne, s'ajoutaient des prés et des landes, donnant à l'exploitation une superficie d'une vingtaine d'hectares".

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