Les eaux de Keroual

Les nombreuses sources existant à Keroual ont, sans doute, favorisé l’établissement d’une colonie gallo-romaine sur le site de Castelmein. En effet, de nombreux vestiges y ont été découverts ; nous le verrons dans le chapitre sur l'époque gallo-romaine à Guilers.


Deux des sources analysée par le docteur Breton (photo 1988)

En 1781, trois sources sont analysées par le docteur Breton, correspondant de la Société Royale de Médecine, médecin de Dôle en Franche-Comté, médecin des Armées du Roi, employé dans les hôpitaux de la Division de Brest. Ce sont les sources de la lenn izellañ, en contre-bas de la crêperie. Ce docteur dit des eaux " qu’elles fournissent un esprit sulfureux, volatile, incœrcible, faiblement uni à une terre ferrugineuse et un sel marin ". Il nous fait part de ses expériences : "Dix grains de noix de galle en poudre jetés sur six onces d'Eau de Keroualle, ont donné au mélange, après quelques minutes, une teinte noire foncée, ce qui prouve l'existence de fer dans cette eau... Un demi-gros de lessive alkaline phlogistiquée versé sur six onces d'Eau de Keroualle, le mélange s'est troublé, et il s'est formé un dépôt bleu de Prusse ; la substance ferrugineuse contenue dans ces eaux y est donc dissoute par un acide...Le sel contenu dans les Eaux de Keroualle est un sel marin en grande partie à base terreuse...". " Ces eaux, écrit-il, sont utiles dans les affections hypocondriaques, dans toutes les maladies qui dépendent de la débilité des viscères, elles procurent le calme et le retour au sommeil ". En lavement, on les emploie " pour tous les désordres du bas ventre ". Elles sont d’une grande utilité dans les maladies des reins et de la vessie. " Leur mélange avec le lait d’ânesse ou de chèvre réussira bien dans les tubercules du poumon et les rhumatismes... ". Leur usage externe est également efficace : " On en lavera avec succès les gales, gratelles, dartres, herpès, rougeurs du visage... ". Enfin, " elle sont employées utilement pour le bain entier pour fortifier les membres. La boue de la fontaine de Keroualle est une terre martiale, elle est par conséquent propre à redonner de la force aux parties solides dont le relâchement est la cause de tant de maladies... ". Une édition de 1886 (qui est la copie du manuscrit du docteur Breton) se trouve à la Bibliothèque Municipale de Brest dans le fonds breton.lire l'ouvrage

A la Révolution, Keroual, alors bien national, est encore connu pour ses eaux comme en témoigne cette demande du citoyen Rochon, commissaire au salpêtre, en date du 30 floréal an II (19 mai 1794) adressée au directoire du district de Brest : " ...... sa femme malade, et les médecins lui ayant recommandé les eaux ferrugineuses de Keroualle, il vous prie de lui permettre de s’établir avec sa famille dans la maison Keroualle ... ". Sont-ce vraiment les eaux qui attirent les révolutionnaires brestois vers Keroual ou l’attrait qu’offre une maison noble ? Toujours est-il qu’en ce même mois de mai, le citoyen Geoffroy écrit au district que " le changement d’air et l’usage des eaux de K/oual devenant absolument nécessaire au rétablissement de ma santé, dont le délabrement est notoirement connu, je vous prie de m’accorder un logement dans cette maison pendant quelque temps..... " (lettre du 4 prairial an II ou 23 mai 1794). Une réponse favorable sera adressée au citoyen Geoffroy.

En moins d’un siècle, l’usage des eaux se perd. A l’occasion d’une réédition des analyses du docteur Breton en 1886, le docteur Chenu déclare : " On préfère des sources éloignées et l’on refuse de croire à la vertu des eaux de Keroualle parce qu’on peut en faire usage sans se déplacer. ". J.F. Brousmiche écrit, vers 1830, qu’il est " de mode que les buveurs d’eau fassent leur voyage de Barèges, de Bagnères, de Vichy, de Plombières ou de Seltz. [...] Un médecin qui prescrirait l’usage de cette eau (de Keroual) à une petite maîtresse se verrait rire au nez ; il serait infailliblement abandonné par ses malades."

La valeur des eaux de Keroual est connue au-delà du Léon selon un article de presse résumant une réunion de la Société Archéologique du Finistère :

Les eaux minérales de Guilers près Brest

Aux XVIIè et XVIIIè siècles, les médecins quimpérois recommandaient à leurs malades les eaux d’une fontaine minérale située près du Château de Keroualle en Guilers. L’analyse qui en fut faite en 1885 révéla qu’elles étaient sulfureuses et ferrugineuses. Les médecins faisaient précéder l’usage de ces eaux d’une saignée afin de les faire mieux pénétrer dans les veines… La manière de les prendre variait suivant les maladies. On les utilisait surtout en été et au printemps, en boisson mélangée à un tiers de lait pour combattre l’anémie, la lassitude, etc. ; sous forme de bain pour les maladies de la peau et de lavement pour l’embarras des viscères du bas-ventre… Après la Révolution, la fontaine de Kerroual connut l’indifférence et l’oubli.

Comme il en avait été fait mention lors d’une précédente séance, un membre de la Société dont la santé était à ce point altérée qu’il en avait perdu le sommeil, eu l’idée de recourir aux eaux de Kerroual. Il en prit un verre le matin à jeûn et un autre le soir en se couchant. Auparavant il ne pouvait fermer les yeux que vers 1 h du matin. Aujourd’hui il dort normalement et se sent dispos. La fontaine minérale de Kerroual n’aurait-elle pas conservé sa vertu ?

Ainsi, les eaux de Keroual ne garderont leur secret bénéfique que pour les résidents proches voire même certaines personnes de Plouzané, Lanrivoaré ou Gouesnou et ce jusqu’à la perte de qualité des eaux, dans les années 1980. Quelques personnes de Guilers ont été alertées par les services de la C.U.B. leur demandant de ne plus utiliser l’eau de Feunteun dour ar vuhez.


Feunteun dour ar vuhez en 2001


Deux des trois sources citées analysées en septembre 1988 donnent une eau de mauvaise qualité avec pollution fécale, l'autre possède une eau de meilleure qualité mais une teneur élevée en nitrates (56 mg/l).

Un établissement de cure

En 1780, avec l'accord du prince de Rohan-Guéméné propriétaire des lieux, le comte de Langeron "que ses vues généralement bienfaisantes et l'activité de son zèle font saisir avec empressement tout ce qui peut contribuer à l'utilité publique et particulèrement à la conservation des troupes qu'il commande", le comte de Langeron donc, autorise la construction d'un petit établissement "où étaient réunis plusieurs soldats de la garnison" de Brest ; "plusieurs autres, capables de soutenir les fatigues de la route, allaient les prendre [les eaux] chaque jour de Brest à la fontaine".
Lorsque le docteur Breton arrive à Keroual il constate que deux des trois sources de la lenn izellañ sont couvertes de petites fontaines avec bassins carrés de 20 à 24 pouces de largeur et 12 à 14 pouces de profondeur. "Les habitants de l'endroit ne se souviennent pas d'avoir vu couvrir la première fontaine : ce qui en peut faire regarder l'usage comme ancien". S'ils ont "vu" couvrir les autres fontaines, c'est que leur maçonnerie date au plus des premières années du XVIIIè siècle. La première fontaine, découverte, a les eaux qui ont "le plus de saveur et paraissent avoir le plus de vertu".
Si les sources sont décrites avec précision, il n'est pas fait mention des locaux accueillant les soldats. Où étaient-ils situés ?
A la fin de son mémoire, le docteur Breton cite le nom des hommes qu'il a particulièrement suivis de juin à octobre 1781. Ce sont un chirurgien sous-aide major employé à l'hôpital militaire de Brest, des sergents, des fusiliers, un grenadier, un chasseur, un bombardier, un canonnier, des capitaines au corps royal du génie militaire, le colonel directeur de l'artillerie à Brest ; les soldats font partie des régiments de Limousin, de Toul et de Beaujolais.

Tous les curistes ne guérissent pas comme en témoigne un acte de décès de la paroisse de Guilers en date du 14 mai 1783 :
" Noble homme Antoine Joseph Vignier, Commis de la Marine au bureau de l'armement, fils du sieur Joachim Vignier, marchand, et de Denise Maxhime, originaire de la ville de Besançon en Franche-Contée, agé de trante deux ans, mourut hier au chateau de K/Rouall où il etoit venu prendre les eaux minérales, et son corps a eté ce jour quatorziéme May mil sept cent quatre vingt trois, inhumé par le soussignant recteur en présence de Messieurs Jean Pierre Jacques et de Charles Fouquet qui signent. "

Une source, en aval de celles utilisées par le docteure Breton, semble avoir bénéficié d'un ouvrage particulier. Il ne reste de cet édifice que deux pans de murs et on en devine l'entrée ; des débris d'ardoises et de tuiles se remarquent sous la souche d'un arbre déraciné lors de la tempête de 1987. Près de cette source, sur la rive gauche de la rivière de Keroual, existait encore dans les années 1970 une canalisation faite d'un tronc d'arbre creusé.ruines à identifier, en aval de la lenn izellañ

De la quinzaine de sources alimentant la rivière de Keroual :
- sept sont achetées par la Marine en 1893 pour fournir l’arsenal de Brest ;
- deux sources sourdent encore à Feuteun Viler ;
- trois autres, dont Feunteun dour ar vuhez (la fontaine de l’eau de vie) sont situées dans la prairie de la lenn izellañ (en contrebas de la crêperie) ;
- trois autres sources (deux sur la rive gauche et une sur la rive droite du ruisseau de Keroual) se devinent à peine en aval ;
- une autre source mérite une attention toute particulière : il s’agit de la fontaine de Kerlidien.

 

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