Les sources de la Marine

Au hasard de la promenade dans le bois de Keroual, et notamment en aval du premier étang, on trouve de petites bornes pyramidales gravées sur une face d'une ancre de marine. Ce sont les bornes de servitudes repérant l’aqueduc partant des sources appartenant à la Marine Nationale, près de la Croix Rouge, et le bas du bois avant Menez bihan. Au nombre de 34, certaines de ces bornes sont enterrées de façon à ne laisser que la pyramide supérieure apparente, ceci à la demande de Mme Didelot, propriétaire du domaine de Keroual à l’époque du bornage.


bornes de l'aqueduc le long de la Penfell

Dès 1888, l’ingénieur des Ponts et Chaussées attaché au service des travaux hydrauliques indique dans un mémoire descriptif que " dans ces dernières années, la consommation d’eau de l’Arsenal et des Edifices de la Marine a subi un accroissement énorme ; cet accroissement provient de deux causes : [...] la multiplication des machines motrices et des machines-outils [...] l’augmentation des habitudes de bien-être et de propreté [...]. Des études ont été entreprises [...] , elles ont conclu à l’existence d’un déficit d’environ 700 m3 d’eau par journée de 24 h, et l’on a du rechercher dans les environs de Brest, les sources susceptibles de donner au moins cette quantité d’eau. Parmi ces dernières, celles qui se prêteraient le plus facilement aux besoins de la Marine, sont celles qui jaillissent près de Guiler au lieu dit Feunteun Viler. Le projet [...] a pour but d’amener les eaux recueillies à cet endroit dans deux réservoirs à construire à Brest, l’un [...] dans les terrains du Carpon [...] ; l’autre [...] dans la cour arrière du Quartier de la Marine ...  ". (archives du Service Historique de la Marine)

Trois propriétaires sont en 1890 contraints de passer convention avec la Marine Nationale, conventions signées par les deux premiers, l’amiral Didelot et M. Le Bouvier au début du mois de mai, puis par le dernier, M. Duplessis-Quinquis, fin mai-début juin.

Le " projet de réorganisation du régime des eaux de l’arsenal de Brest " consiste en une captation par puits maçonnés. Les puits sont répartis en deux enclos : un premier enclos au nord du chemin conduisant de Keroual à la Croix Rouge comprenant 5 puits et occupant une superficie de 5 190 m² ; un second enclos au sud du même chemin renfermant 2 puits sur une surface de 10 902 m². L’aqueduc demande une servitude de passage de 2 m de part et d’autre de la tuyauterie en fonte, soit une superficie de 10 924 m².

plan d'une partie du réseau ==>

Si le décret d’expropriation du 17 juin 1889 précède l’ordonnance d’expropriation d’une année (1er juillet 1890), les anciens propriétaires ne sont enfin indemnisés que quatre ans et demi plus tard. Le 3 novembre 1894, une commission réunissant des membres de la Marine et Mme Didelot, son fils Georges, MM. Duplessis-Quinquis et Le Bouvier signent le procès-verbal de bornage des terrains et de la servitude d’aqueduc pour les sommes suivantes :

Arbres (qu’il a fallu couper) 18,00 F
Fermiers de Keredern Bian (les Guéguen ?) 40,00
Fermier Quéré (Penarcreach) 320,00
Fermier Marzin (Keroual Bras) 1 766,00
Fermier Cabon (de Keroual bihan) 324,00
Fermier Lunven (de Kerlidien) 154,00
Fermier Segalen (de Pen ar roz) 153,00
Réserve 105,00
Valeur des terres expropriées 8 863,65
Valeur des terrains grevés de servitude de passage 1 917,58
Dépréciation des prairies 4 896,00
Valeur des eaux captées 35 000,00
Indemnité pour gêne 10 242,85

Soit un total général de .................................................. 63 000,00 F.

 

En 1950, une note propose de refaire le mur de clôture de l’enclos sud, entièrement démoli durant la Seconde Guerre, afin d’éviter " la divagation des animaux qui seraient susceptibles de polluer les eaux des sources de Keroual ".

En 1959, un local de jaugeage et de stérilisation est construit au sud est de l’enclos sud. C’est le petit bâtiment que l’on voit en entrant dans le bois par l’allée de la Croix Rouge.

Si en 1970 et 1971, des recommandations sont faites aux agriculteurs environnant pour éviter la pollution des sources, en 1998 la Marine Nationale demande une vérification de l'évacuation des eaux usées de 250 habitations urbaines.



Captage de l'une des sources de l'enclos sud (1986)

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