MÉMOIRE
SUR LES
EAUX MIN
ÉRALES
DE KEROUALLE
PAR M. BRETON

Correspondant de la Société royale de médecine,
Médecin de l'hôpital de Dôle, en Franche-Comté,
Médecin des armées du roi, Employé dans les hôpitaux
de la divison de Brest

BREST
IMPRIMERIE ET LITHOGRAPHIE DE L'OC
ÉAN
11 - RUE KL
ÉBER - 11

1886

Avant-propos
I - Position et essai des Eaux de Keroualle
Expériences
Résultat
II - Effets qu'on doit attendre des Eaux de Keroualle
III - Des circonstances où il faut éviter l'usage des Eaux de Keroualle
IV - De la manière de se servir des Eaux de Keroualle
V - Observations pratiques de l'effet des Eaux de Keroualle sur différents malades

 

Ce Mémoire démontre, une fois de plus, combien le savant docteur CHENU était bien inspiré quand il disait, dans son Essai sur les Eaux Minérales, publié en 1840 :


"La Providence qui semble avoir tout fait pour l'homme, a multiplié à l'infini les sources ferrugineuses ; on les trouve aux portes de presque toutes les grandes villes, comme si elles étaient placées là, à l'exemple de ces plantes salutaires qu'on remarque toujours auprès du poison dont elles neutralisent les effets.
Il ne devrait pas se perdre une goutte des Eaux de Passy, et les sources qui les fournissent pourraient être fréquentées avantageusement par une bonne partie des malades de la capitale ; il n'en est cependant pas ainsi. Quoique célèbres, elles sont à peine connues ; on leur préfère des sources éloignées, et l'on refuse de croire à leur vertu parce qu'on peut en faire usage sans se déplacer ; nul n'est prophète dans son pays : il serait à désirer que tous les médecins en connûssent les propriétés ; ils les conseilleraient sans doute plus souvent à une foule de malades qui languissent et auxquels on administre en vain un nombre prodigieux de pilules ou de préparations ferrugineuses pour lesquelles on voit paraître tous les jours de nouvelles formules, mais qui, en définitive, sont tellement au-dessous de l'eau ferrugineuse naturelle qu'il est impossible d'établir aucune comparaison."

AVANT-PROPOS


Les Eaux sulfureuses et ferrugineuses de Keroualle, employées, pour l'usage médical, depuis près de deux siècles, sont signalées dans les cartes géologiques et hydrologiques anciennes.
La concordance des résultats des deux analyses suivantes, faites en 1885, à Brest, à des époques différentes dans deux laboratoires distincts, par deux chimistes expérimentés, rapprochés de ceux obtenus , en 1781, démontre, d'une façon éclatante, la fixité de composition de ces eaux minérales.

Première analyse

Due à l'obligeance de M. ROUHAUT, Pharmacien de 1re classe de la marine, Chef des travaux du Laboratoire à l'Hôpital de la marine :

Fer
0gr007
Chlorure de sodium
0gr054
Potasse
0gr010
Silice
0gr015
Acide sulfurique
0gr012
Elements non dosés (chaux, magnésie, etc.)
0gr022
 
Total du résidu fixe (pour un litre)
0gr120

Le fer est à l'état de sulfate. Cette faible quantité de sulfate de fer provient des schistes pyriteux sur lesquels cette eau doit probablement couler.

Deuxième analyse

LABORATOIRE MUNICIPAL DE CHIMIE
Analyse n°169 - (4e TRIMESTRE 1885)

Le Chef du Laboratoire municipal certifie que l'échantillon d'Eau de Keroualle, déposé sous le n°169, contient :

Sulfate de fer
0gr00836
Oxyde de fer (crénaté)
0gr00684
Chlorure de sodium
0gr04723
Carbonate de chaux
0gr00461
Potasse
traces
Matières organiques (acide crénique) combinées au fer et eau de combinaison des éléments solides
0gr03603
Silice
0gr01993
 
Total des éléments fixés
0gr12300

Totalité du fer à l'état métallique : 0gr084, correspondant à 0gr0108 de protoxyde.
Degré hydotimétrique = 1,50.
Acide sulfurique, par litre, 0gr003


Pour le Chef du Laboratoire municipal,
LE CHIMISTE
E. ALLARY

Sommaire du mémoire

MÉMOIRE
SUR LES
EAUX MIN
ÉRALES
DE KEROUALLE

 

Quelque ancien et suivi que soit à Brest l'usage des Eaux minérales de Keroualle, il ne paraît pas qu'on se soit encore attaché, ni à la recherche de leurs principes constitutifs, ni au développement de leurs qualités essentielles et efficaces ; on voit, au contraire, que jusqu'ici les gens de l'art même semblent s'être malheureusement contentés de faire connaître la nature de ces Eaux en démontrant leur salubrité par la pratique constante qu'ils en ont recommandée ; ou du moins le défaut de publicité a privé des lumières intéressantes dont leur travail devait être susceptible. M. le comte de Langeron, que ses vues généralement bienfaisantes et l'activité de son zèle, font saisir avec empressement tout ce qui peut contribuer à l'utilité publique et particulièrement à la conservation des troupes qu'il commande, ayant reconnu l'importance d'acquérir enfin des notions méthodiques sur les objets, et de faire analyser les Eaux de Keroualle pour s'assurer de leurs effets par leurs principes, a daigné nous confier l'exécution de son dessein. Malheureusement, nous n'avons pu le seconder aussi parfaitement que nous l'aurions désiré, ni satisfaire d'une manière complète notre curiosité personnelle. Tantôt nous avons été arrêtés par la difficulté de nous procurer tous les instruments nécessaires aux opérations ; tantôt il nous est devenu presque impossible d'y apporter les précautions requises. Quelque imparfaits que soient nos essais, nous osons cependant ne pas les croire absolument infructueux dans l'idée que nous avons de les voir exciter des efforts mieux combinés et plus heureux. Il est parmi les gens de l'art, des génies supérieurs dont le talent transcendant trouve en lui-même des ressources capables de suppléer à celles que les circonstances refusent à tous autres dans un pays où la chimie est peu cultivée : leurs ouvrages procureraient le double avantage d'augmenter les moyens de curations et d'en diminuer la dépense : tout le monde sait que les Eaux minérales tirées du midi de la France reviennent à un prix souvent au-dessus des moyens de ceux qui en auraient le plus besoin. On n'ignore pas non plus que celles qui sont naturelles peuvent arriver altérées. Il serait donc à souhaiter pour les habitants de Brest de pouvoir se servir avec confiance d'une ressource placée à leur porte. Ce bienfait de la nature, pour être généralement recherché, et devenir véritablement utile, ne semble demander qu'un examen dont le résultat soit digne de faire autorité ; quoique nous n'ayons rien négligé pour nous assurer des principes des Eaux par les différents procédés que nous avons pratiqués, et de leurs effets sur le corps humain par les expériences que nous en avons faites pour diverses maladies, nous sommes bien éloignés de penser avoir atteint le but proposé. Nous aurions bien désiré qu'il nous ait été facile de rendre nos essais - plus parfaits - et nos expériences plus multipliées, pour déterminer le degré de confiance qu'on peut accorder à la qualité de ces eaux, et notre compte plus exact de la mission dont nous avons été honorés, aurait peut-être rempli dans toute son étendue un plan qu'on nous avait tracé dans la demande d'une dissertation sur les cas et la manière de prendre les Eaux de Keroualle. Puissions-nous être assez heureux de voir en certains endroits applaudir à nos réflexions ; nous ne formons aucune prétention sur le mérite de la nouveauté des idées relatives à la manière d'agir des Eaux en général. Nous nous faisons un honneur de publier, au contraire, que nous devons à nos Auteurs tout ce qui pourrait être goûté. Le sentiment de notre faiblesse nous a fait recourir à eux, et nous avons mis à profit leurs opinions, d'autant plus volontiers qu'elles sont confirmées à nos yeux par plusieurs années d'expériences dans le voisinage d'une fontaine minérale (1).

Sommaire du mémoire

 

 

§Ier - Position et essai des Eaux de Keroualle

Les eaux minérales de Keroualle se trouvent dans une terre de ce nom, appartenant à Mgr le prince de Guéméné, à la distance d'une lieue de Brest. Leurs sources (au nombre de trois) sont placées à deux cents pas environ du château seigneurial : deux sont situées au pied d'un petit côteau ; elles ont leur exposition au midi, la troisième a son aspect au levant, et sort du côteau opposé. Il y a entre elles un vallon si étroit que la distance de la dernière aux autres n'excède pas l'espace de quinze toises. Au Nord (à 20 pas environ) sont un moulin et un étang : les eaux de celui-ci, à peu près au niveau de la troisième source, sont retenues par une digue plus élevée de six pieds que les sources voisines. On a fait construire pour la première et la troisième, de petites fontaines couvertes ; les bassins qui en sont carrés, ont 20 à 24 pouces de largeur, et 12 à 14 de profondeur ; l'une et l'autre ne fournissent guère plus de 9 à 10 lignes d'eau continuellement ; la seconde qui n'a qu'un réservoir découvert, est la plus petite et la moins abondante de toutes. Les habitants de l'endroit ne se souviennent pas d'avoir vu couvrir la première fontaine : ce qui en peut faire regarder l'usage comme ancien. Elle serait dans le cas d'avoir fixé qu'elle mérite effectivement davantage, parce que ses eaux ont le plus de saveur et paraissent avoir le plus de vertu. L'odeur qu'elles exhalent est réellement plus sensible, l'altération de la noix de galle, de l'alcali phlogistiqué et de la teinture de tournesol y est plus marquée... Ses Eaux, en les buvant à la source, dont la fraîcheur s'est trouvée au dixième degré du thermomètre de Reaumur (celle de l'atmosphère étant au dix-septième) nous ont paru avoir le goût de foie de soufre : avec un peu d'attention, on s'apperçoit qu'elles agacent les dents ; elles portent aussi quelquefois à la tête, si on en croit le rapport des personnes qui les ont prises.
La deuxième fontaine, également exposée au midi, n'a pas des qualités aussi palpables ; elle n'est pourtant qu'à quelques pieds de distance de la précédente et dans une position la même à tous égards.
La troisième (à l'opposé comme nous l'avons dit), paraît avoir à peu près les mêmes principes que la première : elle affecte l'odorat pareillement, mais elle ne présente pas un aussi grand mélange de corps étrangers.

La surface de ces Eaux est souvent couverte d'une espèce de crême argentine, d'un mucilage qu'il est impossible de ramasser et de fixer ; c'est une efflorescence qui échappe à la main la plus adroite ; cette espèce de dépôt est plus abondant et plus sensible par un temps sec que par l'humidité. Le même phénomène s'aperçoit sur les eaux qui ont été transportées et qu'on a conservé 24 heures.

Toutes ces eaux s'écoulent dans un petit ruisseau qui sort de l'étang du moulin. Elles déposent une terre ochreuse dans leur trajet qui n'est pas long. L'odeur qu'elles exhalent comporte celle d'œufs couvés ou de lavure d'un fusil malpropre, vraie odeur de foie de soufre. Elle est plus forte dans les environs des deux premières fontaines : on serait porté à en attribuer la cause à la malpropreté des lieux peu éloignés d'un fumier et de l'écurie du moulin : l'alcali volatil que les excréments des animaux et le détritus des végétaux laissent échapper peut bien se combiner avec l'acide sulphureux volatil qui se dégage des eaux et augmenter les exhalaisons naturelles que celles-ci répandent ; ces conjectures sembleraient d'autant mieux fondées que la troisième fontaine, qui n'a pas le même voisinage, n'est pas sujette à ces inconvénients, que ce n'est que quand on en est très près qu'elle se fait sentir, et que, depuis le peu de temps que nous avons fait nettoyer les environs de la première fontaine, les exhalaisons en sont moins sensibles.

Il existe bien une quatrième source, mais elle ne paraît digne que de faire nombre. Nous n'avons rien à en dire, si ce n'est qu'elle est placée au bas de la digue de l'étang. Nous avons remarqué que les eaux de ce dernier immédiatement au-dessus de la filière d'où elle sort, ne s'enfuient pas par cette ouverture ; ce qui donnerait lieu de penser que la terre des environs est une argile (pour ainsi dire) impénétrable.


C'est à la première fontaine que nous nous sommes particulièrement attachés. Ses eaux nous ayant paru préférables à tous égards, nous avons jugé à propos de les faire servir à l'essai que nous nous proposions.

Sommaire du mémoire

Essai des Eaux de Keroualle

EXPÉRIENCES (2)

— Une bouteille remplie d'Eau de Keroualle, au col de laquelle on avait adapté une vessie flasque et huilée, à la manière de M. Venel, n'a fourni aucune substance gazeuse, quelque agitation que l'on ait donné à cette eau; et quoiqu'elle ait été exposée à la chaleur de l'eau bouillante pendant près d'une heure.
— Dix grains de noix de galle en poudre jetés sur six onces d'Eau de Keroualle, ont donné au mélange, après quelques minutes, une teinte noire foncée, ce qui prouve l'existence du fer dans cette eau.
— Un demi-gros de lessive alkaline phlogistiquée versé sur six onces d'Eau de Keroualle, le mélange s'est troublé, et il s'est formé un dépôt de bleu de Prusse ; la substance ferrugineuse contenue dans ces eaux y est donc dissoute par un acide.
— Quelques gros de sirop de violette n'ont éprouvé aucune altération dans l'Eau de Keroualle, tandis que la teinture de tournesol s'y est faiblement rougie. La teinture de tournesol, mêlée à l'Eau de Keroualle, transportée à une lieue de sa source, n'a éprouvée aucun changement dans sa couleur. On peut conclure de là que l'acide est très volatil, et peu adhérent à sa base ferrugineuse.
On observera qu'il s'est formé un dépôt de terre ochreuse à mesure que l'esprit acide volatil s'est dissipé.
— La dissolution d'argent par l'acide nitreux, mêlée à l'Eau de Keroualle, l'argent s'y est précipité en noir ; ce qui prouve que l'acide volatil de l'Eau de Keroualle est sulphureux.
— Le vinaigre radical ne produit aucun effet sur l'Eau de Keroualle, et n'a même occasionné aucune précipitation au bout de quelques jours.
— Vingt-cinq bouteilles (mesure de Paris) d'Eau de Keroualle puisées à la source et évaporées sur les lieux jusqu'à fixité dans une bassine de cuivre étamée, ont fourni deux gros soixante grains de résidu.
— Dans la distillation des Eaux de Keroualle, les deux premières onces qui passent dans le récipient, exhalent une odeur de foie de soufre ; le reste est insipide et n'offre rien qui diffère de l'eau commune distillée. Le résidu est parfaitement semblable à celui qu'on retire par l'évaporation.
— Cette eau distillée, mêlée avec la teinture de tournesol, n'en altère point la couleur ; la dissolution d'argent par l'acide nitreux n'occasionne aucun précipité ; l'alkali-phlogistiqué, la dissolution de mercure ne reçoivent d'autres changements que ceux qu'ils éprouveraient dans l'eau commune distillée.
— Deux gros et soixante grains de résidu de 25 pintes d'eau de Keroualle évaporées, lessivés dans trois eaux distillées et filtrées, ont laissé sur le filtre cent-cinquante grains d'une terre qui ne fait aucune effervescence avec les acides.
— Cette terre sur laquelle l'almant paraît n'avoir aucune action, y devient en totalité altérable après avoir rougi dans un creuset mêlée avec un peu d'huile.
— La même terre mise en fusion avec un mélange de flux noir et de borax dans un creuset dont le couvercle a été lesté, se réduit en fer malléable.
— Le sel contenu dans les Eaux de Keroualle est un sel marin en grande partie à base terreuse, mêlé à quelques parties grasses et onctueuses de la nature de celles qui se trouvent dans l'Eau mère.

Sommaire du mémoire

RÉSULTAT

Il résulte de ces expériences que les Eaux de Keroualle évaporées ou distillées (3) fournissent un esprit sulfureux volatil incoercible, faiblement uni à une terre ferrugineuse, rendue par son moyen soluble dans l'eau, et d'un sel marin en grande partie à base terreuse (4).
On peut évaluer les résidus des principes fixes à neuf grains par pinte dont la terre ferrugineuse forme à peu près les trois quarts, et le reste est du sel marin.
En comparant la quantité de liqueur mise à l'essai avec le résultat qui en est provenu, quelques personnes pourraient croire les principes des Eaux de Keroualle peu abondants en général, et, par suite, leur valeur équivoque ou faible, et leur usage inutile. Mais, quand ce jugement ne serait pas prématuré, attendu peut-être l'insuffisance des moyens auxquels nous avons été réduits, et le peu d'observations pratiques que nous avons été à même de faire, serait-ce donc une raison de mésestimer ainsi la fontaine dont il s'agit ? D'abord, on est forcé de convenir qu'il est des causes secondes qui, souvent, ont autant de part que les eaux elles-mêmes aux guérisons que celles-ci opèrent. La distraction, la liberté, le bon air de la campagne souvent contribuent quelquefois le plus à rétablir une santé qui semblait en ruine. N'est-ce pas là déjà un préjugé en faveur des eaux de Keroualle; et comment se détacher de leur parti quand il est reconnu, d'ailleurs, que la vertu des eaux minérales ne réside pas uniquement dans leurs principes ? Si des auteurs, conduits par des notions erronées, ont embrassé le sentiment contraire, cette erreur de leur part a été victorieusement combattue. On s'est convaincu, en isolant les ingrédiens qui forment les Eaux minérales, qu'ils ont besoin du concours de l'eau simple qui leur sert de véhicule, pour opérer les cures merveilleuses dont on leur est souvent redevable ; on a fini même, en admirant l'efficacité des premiers dans leur réunion à la seconde, par attribuer le mérite du succès à cette dernière. Le rapport de celle-ci avec les fluides aqueux du corps humain, son ascendant sur les matières visqueuses et tenaces qui pourraient en embarrasser la machine, son heureuse influence sur le jeu des ressorts qui la composent, sa disposition à maintenir les lois de la circulation, et à entraîner tout ce qui serait dans le cas de nuire au bon ordre de l'économie animale, une infinité de qualités qui sont propres à l'eau simple ont motivé cette décision. Nous aurions quantité d'observations à citer à l'appui ; mais ce serait inutilement nous étendre. Qu'il nous soit permis cependant de demander quelle autre cause que l'eau simple peut produire l'effet surprenant que les Eaux les moins chargées de principes minéraux ont souvent à nos yeux. Nous demeurons dans le voisinage d'une fontaine (5) assurément bien inférieure en mérite aux sources dont il s'agit, et, dans nombre d'occasions, nous avons été témoins de ses succès les plus avantageux. En nous rappelant ces exemples, les expériences qui viennent d'être faites, et la doctrine qu'ils confirment, nous ne voyons guère pourquoi on dédaignerait la fontaine de Keroualle dans l'état de mélange où notre essai nous l'a fait connaître.Passons donc aux cas d'en faire usage.

Sommaire du mémoire

 

§IIe - Effets qu'on doit attendre des Eaux de Keroualle indiqués par la connaissance acquise de leurs principes.

Si les ingrédients qui composent le minéral des Eaux doivent une partie de leur réussite à l'eau simple, il faut avouer que celle-ci, quelque salutaire qu'elle soit par elle-même, reçoit à son tour de sa combinaison avec eux un nouveau degré de bienfaisance. Les avantages qui résultent de leur accord sont trop généralement connus pour que nous en fassions ici l'éloge : néanmoins, comme ils dépendant de la qualité du mélange, nous allons les envisager par rapport à celui dont nous avons donné le résultat.

Nous devons débuter par l'acide sulfureux volatil qui est un principe sensible et reconnu de nos Eaux fortifiées ainsi par l'assemblage d'un million de ressorts infiniment petits, infiniment actifs, mais élastiques, sans rudesse, elles en deviennent plus propres à s'ajuster au diamètre des vaisseaux, à s'y frayer un cours libre et tranquille, à en ranimer les oscillations ralenties ou presque cessées, à fondre la lymphe épaissie par son ralentissement, et à la remettre au courant de la circulation. Il n'y a point à redouter la trop vive impression du fer, parce que cet acide qui le tient en dissolution est capable de modérer son activité. A supposer l'action du Mars fixe, on ne doit pas craindre qu'il porte trop vivement sur les fibres, qui, étant en même temps humectées par un véhicule aqueux et amollies par la vertu calmante (6), reprendront, en obéissant sans effort, leur direction naturelle. On a observé que les eaux chargées d'un principe volatil ainsi que les Eaux gazeuses procurent le calme et le retour du sommeil. C'est encore un mystère pour nous de savoir d'où les liqueurs altérées tirent leur vertu sédative : mais elle n'est pas pour cela moins certaine, surtout dans les cas où le dérangement de l'économie animale vient du système nerveux. Ces qualités rendent donc ces Eaux utiles dans les vapeurs et les affections hypocondriaques, maladies qui semblent dépendre d'un spasme, d'une disposition convulsive ; disposition qui n'a le plus souvent été contractée que parce que les fibres nerveuses manquaient d'une certaine fermeté, capable de résister à l'irritation de la cause qui a produit le spasme, etc., l'esprit sulfureux de ces Eaux leur donne une qualité antisporique qui en rend l'effet avantageux dans les maladies cutanées.

Le fer qui est le principe dominant de ces eaux, en fait un remède vraiment tonique, capable de fortifier, de remonter les fibres relachées par des maladies chroniques. L'effet qu'on peut en attendre, est que les parties frappées d'inertie, rendues à leur ancien état, reprennent leurs fonctions et exécutent les sécretions qui en dépendent ; elles seront donc salutaires dans les engorgements, les obstructions, etc., dans toutes les maladies qui dépendent de la débilité des viscères particuliers, comme les faiblesses d'estomac, les indigestions fréquentes qui en sont la suite, quelques dévoiements bizarres, les pâles couleurs, les flueurs blanches, les gonorrhées invétérées, etc. Le fer, dissout par un agent aussi subtil que l'acide volatil, fait des Eaux un remède assez puissant pour pénétrer dans les plus petits réduits, dans les replis des vaisseaux les plus éloignés du centre, capable par conséquent de remédier aux engorgements lymphatiques des extrémités, à tous les désordres du bas-ventre dépendant des troubles ou du défaut de circulation de la veine Porte, etc. Les Eaux de Keroualle seront aussi d'une grande utilité dans les maladies des reins et de la vessie pour nettoyer les glaires, sables, graviers, matières tartareuses qui les embarrassent.

Les principes de ces Eaux, quoiqu'en petite quantité, auront quelquefois besoin d'être tempérés par le lait ou associés avec lui, lorsqu'il se trouvera double indication à remplir, comme de fondre, d'ouvrir et d'adoucir en même temps ; c'est pourquoi leur mélange, avec le lait d'ânesse ou de chèvre réussira bien dans les tubercules du poumon, dans les rhumatismes, etc.

L'usage des Eaux de Keroualle ne se borne pas à l'intérieur ; elles n'ont pas moins d'efficacité si on s'en sert extérieurement, qu'on les emploie seules ou pour soutenir et perfectionner l'effet de l'usage interne.
Les lavements de ces Eaux seront bons dans les constipations si ordinaires aux hypocondriaques, aux mélancoliques, aux hystériques ; en ranimant un peu l'oscillation des intestins, ils chassent les vents, si ordinaires dans les constipations, etc. On doit la préférence à ces lavements par dessus tous autres, parce qu'ils n'ont pas l'inconvénient fréquent à ces derniers de laisser le ventre aussi paresseux et même quelquefois plus qu'auparavant. On pourra, suivant les occurences, ajouter la moëlle de casse, quelque huile émoliente, anodine ou carminative.

Les Eaux, dont il s'agit, seront aussi détersives extérieurement dans les maladies de la peau ; on en lavera avec succès les gales, gratelles, dartres, herpès, rougeurs du visage, les feux qui affligent les mains des enfants, etc. Elles conviennent aux vieux ulcères, sordides, soit pour les modifier, soit pour les conduire à une parfaite cicatrisation. L'effet heureux des différentes pierres médicamenteuses composées de sel ou de fer, telle que celle des Crolius ou la Boule vulnéraire de Mars, indique la réussite d'un pareil moyen.

Nous sommes fondés à avancer que les eaux peuvent être employées utilement pour le bain entier, non-seulement pour guérir les plus considérables maladies de la peau à l'exemple de beaucoup d'autres Eaux minérales, qu'on emploie en bains, mais encore nous croyons que de cette manière elles pourraient dissoudre l'humeur qui fait le rhumatisme invétéré, et pour fortifier les membres, particulièrement en appliquant les sédimens ou boues.
La boue de la fontaine de Keroualle est une terre martiale, elle est, par conséquent, propre à redonner de la force aux parties solides dont le relachement est la cause de tant de maladies.

Sommaire du mémoire

 

§IIIe - Des circonstances où il faut éviter l'usage des Eaux de Keroualle

Après avoir fait mention des cas de maladies où les eaux de Keroualle peuvent convenir, il est à propos de parler aussi des circonstances où elles peuvent être nuisibles. On pourrait abuser de ces Eaux comme il est arrivé des meilleures choses, lorsqu'on veut en étendre l'usage au delà des justes bornes.

Quelque favorables que soient les Eaux dans les maladies qui dépendent d'obstructions, s'il y a extravasation de sérosités dans la cavité de l'abdomen, de la poitrine ou toute autre partie, non seulement elles ne conviennent pas, mais elles sont capables d'augmenter le mal en grossissant le volume des liqueurs extravasées. Ce que nous venons de dire ne doit cependant pas rebuter ceux qui seraient menacés d'hydropisie, sans avoir un épanchement. En se conduisant par les conseils d'un médecin habile, ils pourraient encore recourir au remède dont il s'agit. Les Eaux peuvent prévenir l'hydropisie en levant les obstructions, rétablissant le ton des viscères, etc.

Elles ne conviennent pas dans la phtisie, dans la toux, ni dans la plupart des maladies du poumon. Elles peuvent néanmoins y être employées avec succès, en les tempérant, comme nous l'avons dit, par le mélange du lait, surtout pour les tubercules du poumon et pour la toux opiniâtre qui en dépend.

Les Eaux minérales nuisent ordinairement aux personnes affligées d'asthme convulsif, ainsi qu'aux malades sujets aux convulsions (7), surtout si ce sont des personnes délicates et dont les nerfs soient d'une sensibilité trop exquise. En général, elles conviennent moins à ces dernières qu'aux personnes plus robustes, et moins aux maigres qu'à ceux qui ont un certain embonpoint. On ne doit pourtant pas les interdire aux premiers, et si elles sont jugées nécessaires, on peut les corriger en les associant avec le lait. Il est encore à remarquer que dans les affections convulsives, les Eaux de Keroualle seront d'un usage moins suspect que celles qui sont jugées plus fortes, surtout si on fait attention que l'esprit de ces dernières, trop actif et plus copieux, porte avec violence sur des nerfs déjà agacés ; celui des nôtres, au contraire, d'une trempe plus douce et d'un moindre volume, agira plus tranquillement.

Leur usage trop long nuirait à ceux qui sont sujets à la diarrhée, au ténesme, à la dyssenterie ; mais, peu continué et ménagé avec prudence, il pourrait quelquefois y être d'un grand secours en rétablissant les digestions, en nettoyant les glandes et le canal intestinal des ordures qui accompagnent ces maladies ou qui y donnent souvent lieu.

Elles ne conviennent point absolument dans la lientérie, ni dans toutes les maladies qui ont coutume de dépouiller les intestins de l'humeur muqueuse qui garantit leur tunique interne ; elles nuiraient visiblement à cet enduit avantageux.

On doit éviter leur usage pendant la durée des attaques de la goutte, d'un violent rhumatsime, d'un érésypèle, d'une colique néphrétique, et généralement de toutes les maladies douloureuses : la crispation des fibres, le froncement convulsif des vaisseaux occasionné par les douleurs, ferait obstacle à la liberté de leur passage : elles croupiraient par conséquent dans les viscères et troubleraient de plus en plus les fonctions animales.

Si on avait lieu de présumer chez une personne une pierre dans le bassinet des reins, plus grosse que le diamètre des uretères, il faudrait bien se donner garde de lui ordonner les Eaux : étant fort diurétiques, elles engageraient dans l'embouchure de l'uretère la pierre qui, ne pouvant continuer son chemin, causerait des douleurs néphrétiques très douloureuses. On ne courrait pas les mêmes risques si le calcul était dans la vessie, parce que les eaux ne feraient que laver et pourraient même l'empêcher de croître.

Sommaire du mémoire

 

§IVe - De la manière de se servir des Eaux de Keroualle et des précautions qu'il faut apporter pour en faire un usage salutaire

L'usage des meilleurs remèdes devient aussi dangereux s'il n'est guidé par la prudence et dirigé selon les lois de la nature. Les Eaux peuvent devenir pernicieuses, non seulement si on les applique à des maladies auxquelles elles ne conviennent point, mais encore si on n'en use pas dans la saison et d'une manière convenable à la maladie, au tempérament, aux dispositions particulières et avec les précautions suffisantes. Nous allons indiquer, autant que nous le pourrons, les moyens d'éviter les méprises.

L'été est la saison la plus propre pour prendre les Eaux, soit parce qu'alors le corps est mieux disposé à les recevoir, les voies étant plus libres, soit parce qu'elles sont plus pures et exemptes du mélange des eaux pluviales, etc.

On a coutume de faire précéder d'une saignée l'usage des Eaux minérales, prétendant qu'un trop gros volume de sang dans les vaisseaux s'opposerait à leur distribution et les ferait croupir dans les viscères ; mais, si on fait attention que la plupart des maladies pour lesquelles on conseille les Eaux de Keroualle, sont des infirmités qui dépendant presque toutes de l'atonie des organes, on sera très réservé sur l'emploi de ce moyen ; il est peu de circonstances où la saignée puisse être utile ; un homme de l'art doit seul juger du besoin qu'aurait un malade de commencer par ce remède.
Il n'en est pas de même de la purgation ; elle est nécessaire pour débarrasser les intestins du gros des humeurs tenaces ou de telle autre mauvaise qualité ; on facilite ainsi le passage des eaux qui pourrait être gêné par ces humeurs ; on prévient, d'ailleurs, les accidents que celle-ci, délayées et mises en mouvement seraient dans le cas d'occasionner en venant à se mêler au sang ou à se porter sur les viscères. Il n'y a point de méthode générale pour se purger. Au contraire, elle doit varier selon l'état de la personne, le caractère de la maladie, les indications tirées du tempérament, du sexe, de l'âge. Les personnes qui voudront faire usage des Eaux, consulteront des médecins, non seulement sur le choix des purgatifs, mais sur toutes les autres préparations. Il faut éviter les purgatifs violents, car, loin de disposer les organes, ils mettent obstacle à la distribution des Eaux par le trouble qu'ils excitent, etc.
Dans les circonstances dont il s'agit, on a coutume de n'employer que le sel d'Epsom pour se purger, c'est un abus ; un sel purgatif quelconque ne peut suffire qu'aux personnes qui paraissent avoir les premières voies libres et nettes.

Il ne convient pas généralement à tout le monde de prendre les Eaux froides ; elles font ainsi une impression trop vive sur les personnes délicates qui ont le système nerveux sensible et facile à agacer. Il y a des estomacs qui ne supportent pas un froid si considérable ; il y a aussi des poitrines très faibles qui ne peuvent souffrir la boisson froide. Otera-t-on à de telles complexions l'usage de cette ressource quand il sera d'ailleurs bien indiqué ? Il ne s'agit que de trouver un moyen qui, sans affaiblir la qualité des Eaux, les rende supportables, en atténuant le grand froid qui blesse les parties nerveuses : or, rien n'est plus simple. Il n'y aura qu'à remplir des bouteilles d'Eau et les mettre quelques minutes au soleil ou, à son défaut, au bain-marie ; si elles sont bien bouchées, on ne courra pas le risque d'altérer le gaz volatil qui est la partie la plus précieuse, on n'aura pas à craindre la décomposition qui a lieu quand on emploie les eaux à feu ouvert.

On ne saurait poser de règles générales sur la quantité d'Eau à prendre, ni sur la durée du temps qu'on doit en user. Quant au premier point, il est sûr que ce qui serait convenable aux uns, pourrait devenir dangereux aux autres. Chacun doit se connaître ou chercher au moins à le faire. Cette connaissance sera ensuite la mesure à suivre pour lui, ou les médecins chargés de sa santé ; quant à l'espace de temps à donner à l'usage des Eaux, nous pensons qu'en général un usage trop court, comme de trois ou quatre jours, non seulement ne suffirait pas, mais serait peut-être capable de nuire beaucoup ; car il ne ferait que fondre, délayer et mettre en mouvement les sucs ralentis ou croupissans dans les premières voies, sans avoir le temps de les en charrier ; ce qui leur donnerait lieu d'être repompés dans les vaisseaux et d'infecter le sang, etc. Il ne faudrait pas, par une raison contraire, prolonger l'usage des Eaux, leurs principes quelques faibles qu'ils paraissent, sont trop pénétrants, pour que les membranes nerveuses sur lesquelles les Eaux passent, n'en soient pas enfin blessées, par la privation des sucs onctueux et muqueux qui les humectent. Pour tenir un juste milieu, il ne faudra pas prendre les Eaux moins de six ou huit jours, ni beaucoup au-delà de dix-huit.

Les chaleurs de l'été sont le temps le plus propre pour les prendre, comme nous l'avons déjà dit. Cette règle a cependant ses exceptions. Dans les cas pressants qui ne souffent pas de délais, on peut les employer presque en tout temps, lorsqu'elles ne sont pas affaiblies par un grand mélange des eaux pluviales.
Le lieu le plus avantageux est à la source même, parce qu'alors l'esprit minéral s'y trouve en son entier ; mais, comme elles perdent peu, si on ne les transporte pas loin et que ce soit avec précaution, on peut les prendre à Brest avec tout le succès qu'on peut en espérer.

La méthode la plus ordinaire pour boire les Eaux, est de commencer par une bouteille le premier jour, on augmente ensuite chaque jour d'une demie-bouteille jusqu'à ce qu'on soit parvenue au nombre de trois pour les personnes robustes, et de deux seulement pour les tempéraments ordinaires : il en est même à qui une seule bouteille pourrait suffire : puis on rétrograde à peu près dans la même proportion. Il est presque nécessaire d'animer les Eaux, dans les premiers jours, par quelques sels puragtifs qui seraient du caractère des sels neutres et spécialement le sel de Seignette, et de continuer ainsi jusqu'à ce qu'elles se soient frayé un passage libre.
On commencera de bonne heure, le matin à jeun ; on mettra une distance raisonnable entre chaque gobelet pour leur donner le temps de se distribuer et de ne pas charger l'estomac. On peut prendre après chacun, un petit morceau de quelque conserve stomachique ou quelques grains d'anis de table. Les opinions sont partagées sur l'exercice, quelques-uns prétendent que le repos est le plus avantageux dans le temps qu'on boit les Eaux. Nous avons toujours remarqué, au contraire, que la promenade facilitait leur passage et leur effet. On prendra un bouillon une heure et demie environ après le dernier gobelet, lorsqu'elles seront à peu près toutes passées. Si pendant qu'on en fait usage le ventre n'est pas libre, il sera à propos de recourir chaque jour à un ou deux lavements composés d'Eau pure de Keroualle légèrement dégourdie.
Lorsqu'on aura fini le nombre de jours déterminés pour les boire, on se purgera comme auparavant pour vider celles qui pourraient être restées dans les vaisseaux et qui deviendraient fort à charge si elles y croupissaient. Il est même à propos de réitérer la purgation dix ou douze heures après.

Une erreur fondée sur une fausse prévention donne souvent lieu à une méprise au sujet des eaux. On s'imagine communément qu'il faut les abandonner dès qu'elles ne passent pas ; c'est se tromper, car outre qu'on ne doit pas placer sa principale confiance dans l'évacuation que les Eaux procurent, il peut souvent arriver que le corps ait besoin d'être humecté, qu'il y ait des vides à remplacer ; tout cela doit être exécuté pour que le passage devienne libre. Nous avons déjà dit qu'il y avait une témérité égale à les abandonner trop tôt et à les prendre trop longtemps.
On doit suivre un régime des plus exacts. Les moindres fautes tirent à conséquence ; on les paye souvent bien cher. Il faut éviter toute sorte de fruits crus, principalement ceux d'été ; les salades, les légumes crus, etc., les fromages, les viandes salées, les pâtisseries, les acides, etc., on peut manger des fruits en compotes à mi-sucre. On doit s'en tenir aux viandes blanches, préférant le bouilli et le rôti aux ragoûts. Il faut dîner suivant son appétit, souper légèrement et de bonne heure, et se coucher de même. Ce régime doit être suivi non seulement, pendant l'usage des eaux, mais encore longtemps après. Il ne faut pas, par un zèle indiscret, faire les jours maigres, on risquerait de s'en trouver mal. Il est encore important de ne pas se livrer au sommeil de l'après-dîner ; il faut avoir toute l'attention possible pour s'en défendre. (8)
Il est encore plus essentiel d'être bien préparé lorsqu'on doit prendre les Eaux associées avec le lait ; les premières voies doivent être bien nettes, et on doit observer bien scrupuleusement les précautions ci-dessus proposées. On variera dans les proportions des Eaux avec le lait, en mélangeant avec les premières soit un quart, soit un tiers, soit une moitié de lait, suivant le besoin plus ou moins grand d'adoucir ou de délayer les humeurs, et de faire impression sur les solides.

De quelque manière qu'on fasse usage des Eaux, il est très important que l'esprit soit libre et tranquille. Les passions de l'âme, surtout celles qui sont vives, dérangent facilement l'économie animale et empêchent les effets salutaires des Eaux. Il faut, au contraire, beaucoup de joie avec un exercice modéré. Si le moral est affecté, la distraction devient d'autant plus nécessaire. Les environs de Keroualle y prêteront. Le paysage est riant, le sol élevé et dans un bon air ; il y a de jolis bouquets de bois dispersés ça et là, un maïl assez grand ; au dehors, des allées d'une belle longueur et bien plantées ; en un mot des promenades fort agréables.

Pour ce qui regarde l'usage extérieur des eaux, on s'en servira en fomentations froides ou chaudes en tout temps et le plus souvent qu'il sera possible, lorsqu'il ne sera question que d'une petite partie du corps ; s'il s'agit du bain entier, on doit le prendre le matin à jeun, faisant chauffer seulement une partie de l'eau pour échauffer l'autre qui sera puisée le plus fraîchement qu'on pourra. Nous ne dirons pas que le mérite des bains consiste en ce que les parties minérales volatiles venant à s'insinuer dans les vaisseaux capillaires de la peau par les vaisseaux absorbants, brisent la lymphe épaissie et forcent les diamètres resserrés de ces petits vaisseaux qui l'obligeaient d'y séjourner, etc., etc. De là l'efficacité des bains dans les maladies de la peau, etc. C'est pourquoi il est inutile d'ajouter que c'est sur les lieux qu'ils doivent être pris. Dans les grands chaleurs de l'été, nous avons fait prendre les bains sans faire chauffer l'eau.
Lorsqu'il sera question de fortifier une partie ou de résoudre une tumeur rebelle, ou de dissiper une humeur opiniâtrement engagée dans les vaisseaux de quelques parties extérieures du corps, on pourra, après chaque bain, appliquer les boues ainsi qu'on le fait à Bourbonne. On a remarqué que celles des Eaux de Keroualle ont de l'analogie avec les boues de cette fontaine célèbre.

 

§Ve -Observations pratiques de l'effet des Eaux de Keroualle sur différents malades

Quelque fondées que soient les conjectures auxquelles nous nous sommes livrés à l'égard des Eaux de Keroualle, d'après notre essai, nous avons imaginé qu'elles paraîtraient peut être insuffisantes aux gens de l'art pour fixer leur jugement, nous avons cru qu'il fallait que la pratique appliquée à la théorie et constatée par l'observation, confirmat l'opinion qui pourrait leur en être restée ainsi qu'à nous. Pour cela, nous avons, dans l'agrément de M. le comte de Langeron, formé un petit établissement à Keroualle, où étaient réunis plusieurs soldats de la garnison que nous avons jugés dans le cas de faire usage de ces Eaux ; plusieurs autres, capables de soutenir les fatigues de la route, allaient prendre chaque jour de Brest à la fontaine. Nous présenterons très sommairement, mais avec sincérité, l'indication qui nous a determiné à prescrire les Eaux à chaque malade et l'effet qu'elles auront produit.


* M. Duperon, chirurgien sous-aide-major, employé à l'hôpital militaire de Brest, était, depuis plus de six mois affecté de dartres farineuses qui occupaient la partie supérieure de la poitrine, l'épaule, le col, et qui s'étendaient sur une partie de la face. Le désagrément d'une pareille incommodité, joint aux démangeaisons dont elle était accompagnée, et à l'insuccès des moyens tentés pour la détruire, l'a déterminé, d'après nos conseils, à faire usage des Eaux de Keroualle. Il les a prises, au mois de juin, pendant 20 jours ; les démangeaisons se sont apaisées après quelques jours de boisson, et les dartres étaient dissipées lorsqu'il a cessé de les boire. C'est lui qui a été chargé de veiller à la conduite et au traitement journalier des soldats établis à Keroualle ; nous n'avons pu nous y transporter tous à cause du service de l'hôpital de Brest.


* Le nommé Jean Deslaurieux, sergent au régiment de Limousin, était constamment tourmenté par des flatuosités ; il avait perdu l'appétit ; il éprouvait, depuis sa dernière sortie de l'hôpital, une débilité, un manque de force qui lui permettaient à peine les fonctions de son service ; il avait le visage bouffi d'un embonpoint plus qu'ordinaire, le teint décoloré, le ventre élevé et tendu ; il avait eu précedemment la fièvre intermittente, pendant cinq mois, et, dans son dernier séjour à l'hôpital, au mois d'avril, on distinguait au toucher l'embarras des viscères du bas-ventre. Il a fait usage des Eaux pendant trois semaines au mois de juin, en est revenu parfaitement guéri, et a repris ses fonctions ordinaires.


Jean Arnaud, sergent au même régiment, avait été fatigué par une fièvre intermittente irrégulière pendant plus de cinq mois ; depuis cette époque, au mois d'avril, il n'avait pu recouvrer ses forces ; la lassitude et le malaise qu'il éprouvait, lui interdisaient fréquemment son service ; il avait les jambes œdématiées, les Eaux que chaque jour il allait prendre à Keroualle, ont fait disparaître toutes ses incommodités, et il jouit d'une excellente santé.

Nicolas Adamis, grenadier au régiment du Limousin, était dans la convalescence d'une fièvre quarte qui avait duré deux mois ; il avait le teint défait, le visage abattu, il était tourmenté de flatuosités ; les digestions étaient pénibles et très laborieuses ; une constipation opiniâtre accompagnait cet état ; les pieds étaient œdématiés. L'usage qu'il a fait des Eaux lui ont rendus son bien être.

* Emmanuel Lambert, fusilier au même régiment, était tourmenté, depuis environ huit mois, d'une fièvre quarte, qu'on avait cherché à détruire par différents moyens ; fatigué du séjour à l'hôpital autant que des remèdes, ce soldat s'était déterminé à retourner à la compagnie, lorsqu'il nous fut présenté au mois de juin, il avait encore la fièvre violemment aux jours réglés, le bas-ventre était très élevé et les jambes œdématiées. L'usage qu'il a fait des Eaux, n'a apporté d'autre changement à son état que de rendre les accès beaucoup moins violents, beaucoup moins longs et de faire disparaître la tuméfaction des jambes. Au mois de septembre, nous lui avons conseillé le séjour à l'hôpital du Folgoet, d'où il est sorti guéri, après quinze jours.

Philippe Thiébault, fusilier au même régiment, était dans le même cas que le précédent, et portait la fièvre quarte depuis plus de dix mois. Les eaux n'ont eu sur lui d'autre effet que de diminuer la violence des accès ; il a comme Emmanuel, été envoyé au Folgoet, d'où il est parti presque guéri et assez fort pour faire route avec le régiment, trois semaines après.

* Jean Lambert, chasseur au régiment du Limousin, était, depuis plus de huit mois, tourmenté d'une fièvre qui avait d'abord été quarte, et qui était alternativement devenue tierce, double tierce, quotidienne, irrégulière, lorsque nous nous déterminâmes à l'envoyer à Keroualle, au mois de juin, la fièvre subsistait quotidiennement avec beaucoup de vivacité ; il avait le teint et les yeux jaunes, le visage abattu ; il était si faible que nous avons été obligés de le faire porter à la fontaine. Peu de jours après avoir commencer l'usage des Eaux, les forces et l'appétit sont revenus, le mauvais teint a été remplacé par une couleur naturelle, et la fièvre était si peu de chose qu'elle ne l'obligeait même pas à garder le lit pendant l'accès. De retour aux Eaux, il s'est déterminé à aller travailler aux fortifications à une demie lieue de Brest, quoiqu'il subsistât encore un mouvement fébrile chaque soir ; là il a récupéré la santé.

François Salmon, fusilier au même régiment, était depuis plus de sept mois tourmenté d'une fièvre quarte ; il avait le ventre fort tendu, les jambes engorgées ; il était de plus incommodé d'une liberté de ventre qui tenait du dévoiement ; il ne faisait aucun service au régiment ; les Eaux, qu'il a eu la force d'aller prendre chaque jour à Keroualle, n'ont pas détruit totalement la fièvre : mais elles ont rendu les accés plus supportables ; elles ont fait disparaître l'enflure du bas-ventre et des jambes, et ont rendu les selles plus réglées et naturelles.

* Antoine David, fusiler au même régiment, n'avait d'autre incommodité qu'une dartre vive, suppurante, serpigo ; elle s'étendait sur les bourses, les aines, le périnée et les parties circonvoisines. Ce soldat nous a assuré n'avoir jamais eu la plus légère maladie vénérienne. Cette dartre subsistait, depuis huit mois, avec le désagrement du suintement et des démangeaisons excessives : on avait cependant cherché à la combattre par différents moyens. Il a fait usage des Eaux de Keroualle et y a pris quelques bains ; à son retour, il ne restait que de la rougeur aux endroits affectés et peu de démangeaisons, la suppuration était tarie.

Jean-Baptiste Galois, fusilier au même régiment, éprouvait, depuis plusieurs mois, un malaise universel ; il était tourmenté de temps à autre d'une petite toux et d'un peu d'oppression, il avait les jambes constamment enflées, et portait depuis longtemps une dartre au nez qui ne l'incommodait que par sa démangeaison : l'usage qu'il a fait des Eaux, n'a dissipé de la dartre que le prurit : mais toutes les autres infirmités ont disparu, il jouit actuellement d'une fort bonne santé.

Pierre Tinelle, fusilier au même régiment, était, depuis quatre mois, tourmenté de douleurs vagues et presque constantes ; il avait encore de petites tumeurs glanduleuses au col, ressemblant assez au chapelet des scrofuleux qui ont des obstructions, le teint était décoloré. Les Eaux lui ont rendu la beauté du coloris et fait entièrement cesser les douleurs, mais n'ont apporté aucun changements aux glandes : peut-être, si on pouvait lui en en faire réitérer l'usage, le succès de ces Eaux pourrait être plus sensible surtout relativement aux engorgements.

* Le nommé Denise, bombardier au régiment de Toul, avait depuis plus de dix-huit mois, le corps, les bras, les jambes et spécialement les cuisses, couverts de dartres qui, quelquefois, étaient assez animées pour laisser échapper une sérosité âcre et fort corrosive : on avait employé plusieurs moyens pour détruire cette maladie, les antivénériens de toute espèce avaient été administrés sans succès. Quelques bains qu'il a pris à Keroualle en faisant usage des Eaux, ont seulement diminué l'intensité du mal et fait tomber la plupart des croûtes écailleuses ; son état s'est amélioré, mais il n'est pas guéri.

* Philippe Bergère, canonnier au même régiment, avait, depuis plus d'un an, la poitrine, les épaules et une partie du corps couverts de gros boutons enflammés, dont quelques-uns entraient en suppuration et d'autres s'étendaient en manières de dartres ; il avait, pour cette maladie, subi plusieurs traitements tant à l'hôpital de Brest qu'à celui des vénériens de Morlaix, où le sublimé et les bains lui avaient été administrés. Les bains des Eaux de Keroualle et les Eaux elles-mêmes dont il a fait usage pendant trois semaines, ont presque totalement fait disparaître les boutons, il ne subsiste que des taches rouges aux endroits où ils existaient, encore se dissipent-elles tous les jours.

* François Bressigny, canonnier au même régiment, était, depuis six mois, dans la même position à tous égards que Bergère ; cette maladie lui avait été communiquée par le camarade avec lequel il couchait habituellement, il avait, en conséquence, subi les mêmes traitements sans succès. Les Eaux et les bains ont eu sur lui un effet plus prompt que sur Bergère ; les taches ont subsisté quelque temps, mais aujourd'hui elles sont toutes effacées, et il jouit d'une très bonne santé.

M. de Sévin, capitaine au corps royal du génie militaire, était, depuis plusieurs années, sujet à un érésipèle boutonneux qui s'étendait sur la face, le col, le bras et une partie de la poitrine ; cette maladie revenait régulièrement, au printemps et à la fin de l'été, quelquefois même tous les trois mois ; l'inflammation était toujours accompagné de fièvre. Après lui avoir administré les remèdes indiqués pour un des ces accidents au printemps dernier, nous lui avons conseillé l'usage des Eaux de Keroualle qu'il avait prises au commencement de juillet, en allant chaque jour du fort du Bouguen à la fontaine. Depuis plus de sept mois, il a la satisfaction de n'avoir pas vu sa maladie périodique reparaître.

M. de Salignac, capitaine au même corps du génie, jouissait, depuis nombres années, d'une santé chancelante et très délicate ; il était fréquemment assailli de douleurs de la nature du rhumatisme, tantôt à la tête, tantôt à la poitrine, quelquefois aux bras et aux cuisses. Ces douleurs n'ont diminué de fréquence et d'intensité que par l'écoulement d'une matière purulente qui s'est établi par une oreille. Pour dévier cette humeur, on avait pratiqué un séton qu'il portait, depuis plus d'un an, sans en éprouver d'autre soulagement qu'une diminution seulement de l'écoulement par l'oreille. Depuis que nous lui avons conseillé les Eaux dont il a fait usage au mois de juillet, la suppuration de l'oreille n'a plus lieu, le cautère est tari, les douleurs ne se sont pas renouvelées et il jouit d'une assez bonne santé. Nous avons eu la précaution de le purger plusieurs fois après les Eaux.

M. D'Agrainsard, capitaine au régiment du Beaujolais, est, depuis cinq ans, tourmenté d'un vomissement journalier ; le vomissement de matières simplement glaireuses est toujours précédé et accompagnés d'efforts violents et cruels, il est presque aussi fréquent avant qu'après le repas. Cette maladie paraît être la suite d'un empoisonnement ; cet officier et tous les gens de l'art qui ont été à portée d'en juger, ne l'ont attribué qu'à cette cause. On a cherché à combattre par différents moyens un état aussi fâcheux. Dans le principe, l'évacuation était quelquefois sanguinolente, et le malade était fatigué d'une toux continuelle. Lorsque nous l'avons vu pour la première fois au mois de mai, cet officier ne vomissait plus de sang, mais la toux était toujours l'avant-coureur du vomissement. Malgré la délicatesse d'un tel état, nous n'avons pas craint de lui proposer les Eaux de Keroualle, coupées avec un peu de lait ; il les a prises au mois de juin, et le soulagement qu'elles lui ont procuré, l'a determiné à les reprendre en septembre ; le succès en paraît à ce moment assez sensible, et s'il est tel qu'on a lieu de l'espérer, il est très résolu d'en continuer l'usage l'année prochaine, si son service le retient encore en ce pays.

M. le chevalier de Lanse, colonel et directeur de l'artillerie, à Brest, a vu disparaître par l'usage de ces Eaux, un assoupissement dont il ne pouvait se défendre tous les après-dîners ; il jouit de l'avantage du rétablissement des fonctions naturelles dérangées depuis son séjour ici, il y a quatre ans, et il n'est plus tourmenté par les flatuosités ni par les digestions pénibles. Quoique la saison fût avancée, nous lui avons fait prendre les Eaux sur la fin de septembre et au commencement de ce mois.

M. le baron de Travers, lieutenant-colonel du régiment de Diesback, et M. du Kélard, lieutenant-colonel de celui de Bassigny, ont fait usage l'un et l'autre des Eaux de Keroualle. N'ayant pas été chargé du soin de leur santé, et ne sachant pas positivement les raisons qui avaient déterminé ces messieurs à prendre les Eaux, nous dirons seulement que nous savons d'eux-mêmes qu'ils ont éprouvé le succès le plus complet. Ils ne cessent d'en faire l'éloge.

La discrétion ne nous permet pas de nommer plusieurs officiers de la garnison et plusieurs particuliers de Brest qui ont fait usage des Eaux de Keroualle pour tarir l'écoulement de vieilles gonorrhées qui avaient résisté à beaucoup de remèdes : mais nous osons avancer que le succès qui a pleinement répondu à leur attente, fait de ces Eaux un spécifique assuré pour cette espèce d'incommodité, spécifique d'autant plus avantageux que beaucoup de soldats se trouvent épuisés par cet écoulement, et qu'on trouverait là un moyen bien simple et peu dispendieux de rendre ces hommes plus utiles à l'Etat et à la population. Les femmes y trouveraient aussi le même avantage pour une incommodité fréquente chez elles ; je veux parler des flueurs blanches ; plusieurs viennent d'en faire une épreuve salutaire.

Nous aurions beaucoup d'autres observations probantes à citer au soutien de l'efficacité des ces Eaux : mais, n'ayant pas une connaissance exacte des raisons qui avaient déterminé leur emploi, nous avons cru ne devoir offrir que les faits qui s'étaient passés sous nos yeux.

 

A Brest, le 24 octobre 1781.

BRETON,
Docteur-Médecin

 

Copie d'un Manuscrit de la Bibliothèque Communale de Brest, enregistré sous le numéro 34.

 

1 - Depuis plus de douze ans, j'ai toujours employé avec succès les eaux de la fontaine minérale de Joühe, bien inférieure en qualité à celle dont il s'agit, et située près de la ville de Dôle, en Franche-Comté : j'ai communiqué, sur leurs effets, plusieurs observations à M. Richard, ancien inspecteur général des hôpitaux militaires. Retour au texte.
2 - Nous devons les plus grands éloges au zèle de M. Bonnack, apothicaire en chef de notre hôpital ; il n'a épargné ni peines, ni soins pour rendre nos opérations exactes. Retour au texte.
3 - Nous avons distillé et fait évaporer plusieurs fois des Eaux de Keroualle, et tous ces procédés nous ont donné les mêmes produits. Retour au texte.
4 - Il n'a pas été possible d'obtenir des cristaux purs à cause de la grande facilité que cette matière saline avait de tomber en deliquium. Retour au texte.
5 - La fontaine de Joühe, près de Dôle. Retour au texte.
6 - Nous osons croire que si les anciens eussent mieux connu le gaz et les esprits volatils, acides en général, ils auraient attribué à leur combinaison avec les Mars, la vertu calmante qu'ils accordent à ce dernier. Retour au texte.
7 - Il a été fait mention des circonstances où il était permis d'employer les Eaux minérales dans les maladies convulsives. Retour au texte.
8 - Dans quelques articles de ce paragraphe, nous pourrions paraître avoir eu en vue plustôt les personnes aisées que les gens sans ressource du côté des superfluités délicates, tels que les soldats, etc. ; mais on doit sentir que tout ce que nous avons dit se suppléera pour ces derniers d'une manière aussi simple que facile. Retour au texte.
9 - Cette astérique indique ceux des malades qui ont séjourné à Keroualle pour y prendre les Eaux. Ceux qui ne sont pas ainsi marqués allaient les prendre chaque jour de Brest à la fontaine.

* - Cette astérique indique ceux des malades qui ont séjourné à Keroualle pour y prendre les Eaux. Ceux qui ne sont pas ainsi marqués allaient les prendre chaque jour de Brest à la fontaine. Retour au texte

 

  menu accueil sommaire