Louis XIV devant l'humeur changeante de Charles II et le peu de résultats de ses ambassadeurs et du "parti français" à Londres propose à Louise le rôle dagent secret à la cour de Charles II. Il faut au roi de France une personne de confiance qui sassurera que le roi dAngleterre reste fidèle au traité secret de Douvres signé le 22 mai 1670. Comment résister à une " proposition " de Louis XIV ? Nest-ce pas un ordre ?
Voilà donc Louise de Keroual à la cour de Londres. Elle est logée à Whitehall et remplit honnêtement ses fonctions auprès de la reine, Catherine de Bragance. Les mois passent sans apporter de changement. Charles II, véritablement amoureux de la petite bretonne, lui rend fréquemment visite et la comble de présents. Louise naccorde rien !

Palais de Whitehall, côté Tamise
(Hulton picture library)
Colbert de Croissy, frère du ministre Colbert, ambassadeur du Roi-Soleil en Angleterre, fait un rapport régulier, par exemple le 15 décembre 1670 : " Le Roy prend soin dentretenir cette beauté dans la chambre de la Royne, plus quaucune autre, mais il na pas encore esté la voir dans sa chambre, comme le bruit en a couru icy. ". Le 8 octobre 1671 : " Il est certain que le roy dAngleterre témoigne une très grande passion pour mademoiselle de Kéroualle, on vous aura pu dire quelle est très bien logée et meublée dans Whitehall, que le Roy y va tous les jours à neuf heures du matin, et quil y est au moins une heure et quelque fois deux... ".
On le voit, Charles II se fait de plus en plus pressant. Les politiques français craignent que la " résistance " de Louise de Keroual ne lasse le roi dAngleterre. Le traité de Douvres est en suspens et certains courtisans préfèrent voir la fille d'honneur de la reine prendre la première place auprès du roi "plutôt que ces comédiennes et bien d'autres créatures avec lesquelles un honnête homme ne peut prendre aucune mesure". Louis XIV écrit : " Conseillez à cette demoiselle de consentir à tout ce que le roi désirerait et quil ny a point dautre parti pour elle que celui-là ou une religion en France ". A 22 ans, Louise ne veut pas entrer en religion, c'est-à-dire s'enfermer dans un couvent.
En octobre 1671, Louise cède enfin à Charles II. Sous le prétexte dun simulacre de mariage organisé au château d'Euston par lady dArlington et le " parti français " de la cour du roi Charles II, on retire les bas de Louise et ses jarretières comme dans les cérémonies peu pudiques des noces de lancien temps. Les détails de cette nuit furent répandus à la cour et passèrent dans les pamphlets. Pour ses bons offices, lady d'Arlington recevra du roi de France un collier de perles d'une valeur de 10 000 livres. Le 30 mars 1672, Mme de Sévigné écrit à sa fille : " Ne trouvez-vous point bon aussi de savoir que Kéroualle, dont létoile avoit été devinée avant quelle partist, la suivie très fidèlement ? Le roi dAngleterre la aimée, elle sest trouvée avec une légère disposition à ne pas le haïr, enfin elle se trouve grosse de huit mois... ".