L'organisation du territoire

La première vague d'immigration bretonne de la fin du IVè siècle se fait par des colons. L'organisation est principalement civile.
Les vagues suivantes, plus importantes, voient le déplacement de clans entiers qui apportent avec eux leur organisation religieuse.

Plou : ploe, plo, ple, pleu, plu, ploue
Au début, ce terme, comme le plebs latin, désigne le peuple. Du Vè au VIIè siècle, le mot va évoluer dans un sens religieux. Plou est la communauté des fidèles et le terriotire paroissial.
Plebs Apennoc (1265) pour Plabennec, Ploecastel (1173) pour Plougastel

Gwik : gui, guy, gwi
Au sens profane, il désigne, comme son synonyme latin vicus, le bourg. Ce mot ne se trouve presqu'exclusivement que dans le Léon ; c'est le chef-lieu du plou. L'origine du gwik est sans doute la petite agglomération créée autour de l'église paroissiale.
Guytalmezeau en 1544 (Ploudalmézeau), Guiquerno en 1715 (Plouguerneau)

Treff : trev, tre, tres
Au Xè siècle, treff désigne une habitation puis un quartier du plou. Plus tard, un lieu de culte y sera édifié quand l'éloignement de l'église paroissiale est trop important : on parlera alors de la trêve comme d'une succursale de l'église-mère.
Trefvozgat (1348) pour Tréogat, Trefbabu (1393) pour Trébabu

Lan : lann, lam, la
Du VIè au IXè siècle, lan a le sens civil de résidence. Il désigne ensuite un monastère, une chapelle, un oratoire ou un ermitage.
Monasterium Landeuuionnoch en 880 (Landévennec), Lanna Pauli Ploearzmel en 1330 (Lampaul-Plouarzel)

Lok : loc, log, lo
Au XIè siècle, lok (latin locus) veut dire lieu saint, lieu consacré à un saint.
Locus Sancti Ronani (1146) pour Locronan, Lomaria lanvenec (1610) pour Locmaria-Plouzané

Bot : bod, bo
Bot est un terme profane désignant une propriété foncière, une demeure, une résidence.
Botgarz (1350) pour Bohars, Bodilis (1486)

Lez : les, liz, lis, le
C'est une résidence fortifiée, la cour d'un seigneur, une demeure seigneuriale puis un manoir.
Brelles (1647) pour Brélès, Lesneven (1191)

Ker : caer, quear, quaer, quer, quel, kel, et le fameux "K" barré (K/) que l'on rencontre dans les textes anciens.
Le terme ker s'applique à un lieu fortifié, un château (castrum) puis, vers le Xè siècle, un glissement de sens le fait appliquer à un domaine rural ou à un village. Plus récemment, il a eu le sens d'habitation.
Caermauguan (1273) pour Kernilis car nommée autrefois Kermavan, Kerlouen en 1330 pour Kerlouan

A Guilers, il existe :

Treveoc : Trefveo en 1544, Treveoch en 1789, Trévéo en 1800, Tréo en 1837.
Treveoc pourrait rappeler un saint Maéoc, comme dans Lanvéoc ou Tréméoc. Il existe un saint Féoc, d'origine irlandaise, et un lieu-dit St Feock en Cornouailles britannique. Etait-ce un hameau avec oratoire ou attache religieuse ?
Comme dit plus haut, le mot "tre" a une origine profane. Jean Markale, dans son livre Histoire secrète de la Bretagne (1977), rapporte, en s'appuyant sur les travaux de Marcel Planiol (Histoire des Institutions de la Bretagne - 1956), que les premiers établissements bretons ont été les tre- et les lann-. Dans cette hypothèse, Treveoc serait un hameau des premiers bretons au sein d'un territoire gallo-romain.
Trehorré Guiler, en 1794 : le quartier du haut de Guilers. Il est ici évident que le "tre" est d'origine profane et correspond au français frairie.

Lesvingant : Leshengant en 1791, Lesvingal en 1887.

Lamballez : Lambalez en 1789, Lanbales en 1800, Lambadez en 1837.
Languero : Languero en 1765, Lanquero en 1782.
Lan Guillier en 1544.
Lanvian : Lanbian en 1789.
Kerallan : K/anlan en 1544, K/arlan en 1800, Kéralan en 1946.

Il semble que les cinq lan de Guilers désignent plus une lande qu'un ermitage religieux. Il se pourrait également, au moins pour Lanvian, que ce soit la déformation d'un vieux mot signifiant vallée : "ant" avec article français l' (l'ant vian : la petite vallée ?).

Saint-Fiacre : l'important quartier de Saint-Fiacre (peut-être déformation de Saint-Féoc), doit son origine à une fontaine sacrée, qui a été christianisée par la construction d'une chapelle sur la source. C'est une pratique courante des débuts du christianisme, dans le but de supprimer les cultes païens, comme la chapelle de Saint-Guénolé à Penfeld, la chapelle de Loguilio à Bohars, celle du Reun à Guipavas, etc.

A Kervaziou, il existe deux parcelles, l'une nommée goarem ar sant (la garenne du saint ?) et l'autre park ar kloastr (le champ du cloître).
A Kerjean, près de la voie romaine, sont deux champs nommés parc ar chapel. S'agit-il de vestiges d'un ancien lieu de culte ?
  retour menu accueil sommaire