Avant
ce qui est dit de saint Elouan, au 28 Août, il faut mettre : En 1666 et
1668, le père Verne, prêtre de la compagnie de Jésus, envoya
de La Flèche aux Bollandsites un savant mémoire sur S. Luan ou
Elouan.
D'après lui, chez les Armoricains, est célèbre un S. Luan,
auquel se rapporte ce passage de saint Bernard : l'abbaye très-illustre
de Banchor produisait de nombreux milliers de moines, et était chef d'une
foule de couvents. Ce lieu saint et fertile en saints fructifiait si abondamment
pour Dieu, qu'un des fils de cette siante congrégation, le nommé
Luan, fonda cent monastères. Luan d'Armorique ne diffère pas de
saint Luan, Lugide ou Moluan, dit Verne. Il est honoré dans la haute
Cornouaille. Près de l'église de saint Guin, l'on voit une chapelle
moderne et élégante, placée sur une colline, où
fut jadis un autre oratoire, mais trop petit pour suffire à l'affluence
des pélerins, ce qui le fit accroître. Sur l'autel de l'antique
édifice, resta jusqu'au commencement du 17e siècle,
une ancinne statue représentant le saint en costume d'ermite ; auprès,
se trouve une pierre tellement creusée qu'elle paraît avoir contenu
le corps du saint un peu penché sur le côté gauche, et l'avoir
reçu comme dans une cire molle. Les prodiges fréquents y continuent,
et le père Maunoir en evoya des relations à son confrère
Verne. Celui-ci ajoute que ce saint est appelé par les gens du lieu saint
Luhan, et par les français Elouan ; que les actes de cet élu ne
sont plus dans cet endroit, qu'il y a une tradition, dont voici le fond :
1 - Il fut envoyé par saint Tugdual ou Tugal, premier évêque
des trécorois, afin que, dans la forêt que remplacent les paroisses
de Mûr et de saint Guin, il menât la vie solitaire. Il y vécut
depuis et y mourut. Il y est célébré par une fête
anniversaire qui, de temps immémorial, se fait le dernier dimanche d'Août.
2 - Il était Irlandais : cependant il y en a qui le disent
Breton et disciple de saint Tugdual ; mais cette opinion est fausse et nouvlle.
3 - Le nom que les anciens Armoricains lui donnaient le plus ordinairement
était Luhan ; ils avianet encore coutume de l'appeler Luan, Elvan ou
Elven.
4 - Le corps du saint fut déposé dans un sépulcre
de pierre maintenant vide, et l'on ignore où ses reliques ont été
portées.
5 - Sa sainteté est depuis des siècles reconnue de
l'Eglise, comme le prouvent la statue et la chapelle élevée en
son honneur.
Voilà,
dit Verne, ce qu'apprend la vieille tradition locale ; personne ne peut la contredire
en rien ; je ne saurai rien y changer ; et, si je le faisais, il n'y aurait
pas un Armoricain qui ne pût m'accuser d'imposture.
Chastelain met la fête de notre saint le 4 Août. Dans son Vocabulaire
hagiographique, il l'appelle Lugidien.
II. Saint Luan, Lugil, Lugide, et Moluan naquit, dans la Lagénie, de Cartache et de son épouse Sochte, qui signifie généreuse. Dès son enfance, il fut rempli de la grâce céléeste, et fut élevé dans l'abbaye de Banchor par saint Comgal. Il se distingua par son obéissance et apprit à commander. Il fonda le monastère de Drome-Necte, qu'il quitta pour éviter des visites importunes. Il étudia sous saint Finnian, et créa une foule d'établissements religieux, auxquels il donna une règle long-temps suivie en Irlande, et approuvée, dit-on, par Grégoire-Le-Grand. Le silence et le recueillement perpétuel étaient prescrits à ses religieux. Il ne permettait jamais aux femmes de s'apporcher d'eux, même dans les églises. Il donnait des leçons et des exemples continuels de travail. Il montrait tant de douceur jusque dans ses réprimandes, qu'on lui donna le nom d'agneau.
III.Voici comment il ramena un laïque
qui négligeait la confession. Ils étaient sortis, quand tout à
coup Luan dit que, pour la première fois de sa vie, il n'avait pas ce
jour-là confessé ses fautes à son directeur. La confession
est-elle donc si importante ? s'écria son compagnon. Oui, reprit le saint
: celui qui ne confessera pas ses péchés, ne trouvera pas grâce
devant le Seigneur, et de même que tou sles jours on lave les parvis des
demeures ; ainsi, doit-onchaque jour purifier l'âme de ses souillures.
Il le pria de l'attendre, et alla remplir ce devoir. Le coupable fit de sérieuses
réflexions, et dès-lors fréquenta le sacrement réconciliateur.
Luan guérit saint Molaisse d'un ulcère ; il ressuscita un vieillard
mort entre ses bras ; rencontrant saint Setni, évêque, il le pria
de rester avec lui, vu que la nuit venait ; le prélat lui répondant
que son absence inquiéterait ses frères, et qu'il le priait plutôt
de prolonger le jour, jusqu'à ce qu'il les eut rejoints, Luan obtint
cette faveur du ciel.
IV. S'il est notre Elouan, il sera venu de chercher un nouveau champ à ses bonnes uvres et une solitude où il mourrait ignoré. Il finit sa carrière le 4 Août 622. Saint Elouan avait des disciples dans ses retraites. Plusieurs endroits portent son nom : Saint-Gelven, dont saint Juvenal est patron ; Rosquelven aussi dans Laniscat, et qui a pour patronne la sainte Vierge, et dans Vannes, la fameuse chapelle de la Vierge à Quelven. Elouan aura évangélisé ces endroits où la reconnaissance fait bénir son nom.
Vies des bienheureux et des saints de Bretagne par M. de Garaby (1839) - Saint-Brieuc
| • page précédente • menu • accueil • |