LA VIE DE SAINT HERBAUD

Solitaire au diocèse de Quimper au VIIIè siècle, le 13 juin.

Deux époux nobles et pieux de la Grande-Bretagne obtinrent ce Saint par leurs prières. Ils étaient sans enfants, et demandaient humblement au Seigneur qu'il daignât leur en accorder. Leurs vœux furent exaucés, et Dieu leur donna ce fils de bénédiction, qui reçut le nom d'Herbaud au Baptême. Son mépris pour les biens et les honneurs du monde croissant en lui avec les années, il s'enfonça dans une forêt. Il y trouva dans une caverne solitaire un serviteur de Dieu qui lui donna les plus sages conseils, et qui l'exhorta surtout à se détacher de tout, pour suivre plus parfaitement Jésus-Christ. Docile à ces leçons, Herbaud retourne à la maison paternelle, et annonce à ses parents, avec tout le respect possible, qu'il est dans la résolution de les quitter, afin de marcher plus sûrement dans la voie qui conduit au ciel.

II. Ceux-ci firent quelque difficulté, mais enfin ils cédèrent. Herbaud s'embarqua pour l'Armorique, et dans la périlleuse traversée, il sauva miraculeusement le vaisseau de plusieurs dangers. Il se fixa sur le rivage de la mer, et signala sa présence par ses bienfaits. Il enfanta des prodiges pour guérir de nombreux infirmes. Fuyant l'admiration que sa puissance surnaturelle excitait, il se réfugia dans une forêt écartée. Des méchants vinrent avec une meute lemenacer, tandis qu'il bâtissait son ermitage. Le saint gagna un autre bois et s'y plut à parler à Dieu dans la prière et l'écouter dans la méditation. Sa vertu fut bientôt connue, et de partout les malades venaient retrouver la santé dans la cellule qu'il habitait dans la paroisse de Berrien, diocèse de Quimper. Il exerçait avec la même ardeur les œuvres spirituelles de miséricorde. Il pressait les pécheurs de se convertir et les bons de devenir meilleurs.

III. Installé au milieu des bois, non seulement les bêtes domestiques, mais les animaux sauvages lui obéissaient. De tous, il comprenait le langage. Sa plus grande joie était de converser librement avec eux. Evangélisés par ses soins, ses voisins païens recevaient le baptême. Mais son extrême popularité finit par lui jouer un mauvais tour. Les femmes du pays s'ameutèrent contre lui, parce que leurs maris, disaient-elles, perdaient leur temps à l'écouter au point d'oublier d'ensemencer leurs champs, faucher leurs blés ou soigner leurs chevaux. Elles lui firent toutes sortes de misères et un jour elles lui jetèrent de spierres, forçant le saint à quitter Berrien et à chercher ailleurs un autre abri.
Voulant construire son peniti, il demanda des bœufs au manoir du Nank. Mais les gens du lieu, avares, lui refusèrent disant que leurs bêtes n'étaient pas à la disposition du premier venu. Ayant jeté sa malédiction sur les bœufs du Nank où désormais le labour ne put être fait convenablement par ces animaux, il alla au manoir du Rusquec. Là, le bon maître lui dit : "Allez dans la montagne, vous y trouverez le troupeau de mes bœufs au pacage. Vous n'aurez qu'à choisir vous-même telle paire qu'il vous plaira." Le saint choisit ses animaux, les attela avec des écorces de saule, en guise de traits, à une branche d'arbre non dépouillée de ses feuilles, faisant charrette. Il apporta des pierres et bâtit sa demeure. Les b
œufs ne voulurent plus quitter un tel maître.
Il avait réussi, seul, à bâtir sa maison. Mais il ne savait pas y mettre une toiture. A ce moment, il dut donc recourir à un couvreur. Le travail n'allait pas vite : il est vrai que l'ouvrier était seul. Le saint pensa, alors, qu'il aurait peut-être pu l'aider.
- Que pourrais-je faire ? demanda-t-il.
- Vous pourriez, peut-être, me tailler des chevilles. Il me suffirait ainsi de les poser et d'y accrocher les ardoises.
- Volontiers, répondit le saint. Sur quoi vais-je tailler ces chevilles ?
Le couvreur fut étonné de la question. La naïveté de l'homme lui parut forte, très forte... La moquerie étant toujours prompte, il décida de lui jouer un bon tour. Cela égayerait le travail.
- Voyons, pourquoi diable chercher si loin ? répliqua-t-il au saint. Et votre bonnet, donc ?... Il est, me semble-t-il, d'étoffe solide et résistante. Prenez-le. Ce sera un excellent billot, croyez-moi
Le saint, persuadé qu'il s'agissait d'un bon conseil, et ne soupçonnant aucun méchant tour, enleva aussitôt son bonnet. Il le posa tranquillement devant lui, et, prenant une hachette, commença à tailler les chevilles que le couvreur désirait.
L'ouvrier ne pouvait s'empêcher de sourire. "Le pauvre homme, se disait-il. Il ne lui restera que des morceaux à mettre sur sa tête."
Saint Herbot [Herbaud], quand il eut fini l'ouvrage qui lui avait été confié, reprit son bonnet comme s'il n'avait rien fait d'autre pendant tout ce temps que de rester auprès de lui sur l'herbe. Le couvreur regarda, étonné : le bonnet était intact. Son envie de rire lui passa vite. Il vit alors à quel homme il avait eu affaire. Et il ne fut pas un des moins zélés à répandre par lepays la nouvelle de ce miracle et accroître la renommé déjà naissante de saint Herbaud.

IV. Après avoir mené une vie pure et toute consacrée au service de Dieu, Herbaud connut que le temps de sa mort approchait, et qu'il allait bientôt recevoir la couronne de justice qui lui était préparée. Lorsqu'il se crut à ses derniers moments, il se revêtit de son habit d'ermite et s'étendit sur la terre nue, se plaçant les bras en croix. Jaloux de sa sainteté, et voulant profiter de l'état de langueur dans lequel se trouvait le serviteur de Dieu, le démon l'attaqua par diverses tentations ; mais Herbaud, fidèle à implorer le secours du ciel par la prière, triompha de tous les efforts de l'ennemi du salut.

V. Cette tempête étant apaisée, le pieux solitaire fut visité par un religieux, qui lui apporta le saint Viatique. Il le reçut avec larmes et avec une grande humilité, priant Jésus-Christ d'être favorable à un pauvre pécheur. Ce fut avec les mêmes sentiments qu'il se munit des derniers Sacrements de l'Eglise. Enfin, après avoir prononcé ces paroles : "Seigneur Dieu, recevez mon esprit", il rendit son âme à son Créateur. L'auteur de sa Vie rapporte qu'à l'instant de son bienheureux trépas, le ciel brilla d'une clarté telle, qu'il semblait que ce fût un nouveau soleil qui éclairât. Les prêtres et les clercs du voisinage vinrent prendre le corps du serviteur de Dieu, et l'inhumèrent dans l'église qui a porté son nom.
Après sa mort, les bœufs qui l'avaient aidé à bâtir sa maison, restèrent autour de sa tombe. On les voyait accroupis côte à côte devant le porche. Chacun pouvait venir les prendre à la tombée de la nuit et s'en servir pour labourer, à la condition de les ramener avant le lever du soleil. Dans tout le pays, il n'était pas de bêtes aussi braves pour le travail. Malheureusement, un paysan cupide les ayant retenus après l'heure, on ne les revit plus sous le porche. Cependant, des gens prétendent les avoir vus tout blancs et lumineux dans la nuit où parfois on entend des meuglements surnaturels.
Saint Herbaud aimait tant les animaux, surtout les vaches, bœufs, veraux, génisses, qu'en entrant au paradis il demanda à être leur patron.

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église de Saint-Herbot : tombeau du saint
(cliché du site du lycée Brizeux à Quimper)
"Dans le chœur de l'église de Saint-Herbot", dit M. de Fréminville (Antiquités du Finistère), "est le tombeau du pieux anachorète saint Herbaud. Il consiste en un sarcophage d'un granit assez grossier ; sur le dessus est sculptée en relief la statue couchée du Saint, placée sous une arcade gothique. Il est représenté en robe d'ermite avec un camail rabattu ; il a les cheveux et la barbe longs ; son Bréviaire est suspendu à son côté droit. Du bras gauche il soutient son bourdon ; ses pieds, qui sont nus, reposent sur un lion couché, ce qui est assez remarquable dans la statue tumulaire d'un religieux. Le tombeau de saint Herbaud ne porte ni insciption ni date, mais il paraît être du même temps que l'église qui le renferme".

Les guerres attirant souvent, dans les XIIIè et XIVè siècles, les Anglais en Bretagne, des soldats de cette nation, alors catholique, pénétrèrent dans l'église de Saint-Herbaud, et enlevèrent son chef, qui était orné d'or et d'argent. Ils prirent aussi la Légende qui contenait l'histoire de sa vie, et emportèrent le tout dans leur pays. Le reste du corps fut respecté, et servait aux serments solennels que faisaient les gens qui avaient des procés.

Tiré de D. LOBINEAU : Les Vies des Saints de Bretagne.

Mgr. Paul Guérin - Les petits Bollandistes : vies des saints - 7è édition - 1876 - Paris

note : le second paragraphe est tiré de Vies des bienheureux et des saints de Bretagne par M. de Garaby (1839) - Saint-Brieuc.
           le troisième paragraphe et une partie du dernier paragraphe sont tirés de G. Millour, Les Saints guérisseurs et protecteurs du bétail en Bretagne ( 1946) - Paris

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