Deux époux nobles et pieux de la Grande-Bretagne obtinrent ce Saint par leurs prières. Ils étaient sans enfants, et demandaient humblement au Seigneur qu'il daignât leur en accorder. Leurs vux furent exaucés, et Dieu leur donna ce fils de bénédiction, qui reçut le nom d'Herbaud au Baptême. Son mépris pour les biens et les honneurs du monde croissant en lui avec les années, il s'enfonça dans une forêt. Il y trouva dans une caverne solitaire un serviteur de Dieu qui lui donna les plus sages conseils, et qui l'exhorta surtout à se détacher de tout, pour suivre plus parfaitement Jésus-Christ. Docile à ces leçons, Herbaud retourne à la maison paternelle, et annonce à ses parents, avec tout le respect possible, qu'il est dans la résolution de les quitter, afin de marcher plus sûrement dans la voie qui conduit au ciel.
II. Ceux-ci firent quelque difficulté, mais enfin ils cédèrent. Herbaud s'embarqua pour l'Armorique, et dans la périlleuse traversée, il sauva miraculeusement le vaisseau de plusieurs dangers. Il se fixa sur le rivage de la mer, et signala sa présence par ses bienfaits. Il enfanta des prodiges pour guérir de nombreux infirmes. Fuyant l'admiration que sa puissance surnaturelle excitait, il se réfugia dans une forêt écartée. Des méchants vinrent avec une meute lemenacer, tandis qu'il bâtissait son ermitage. Le saint gagna un autre bois et s'y plut à parler à Dieu dans la prière et l'écouter dans la méditation. Sa vertu fut bientôt connue, et de partout les malades venaient retrouver la santé dans la cellule qu'il habitait dans la paroisse de Berrien, diocèse de Quimper. Il exerçait avec la même ardeur les uvres spirituelles de miséricorde. Il pressait les pécheurs de se convertir et les bons de devenir meilleurs.
III. Installé au milieu des bois,
non seulement les bêtes domestiques, mais les animaux sauvages lui obéissaient.
De tous, il comprenait le langage. Sa plus grande joie était de converser
librement avec eux. Evangélisés par ses soins, ses voisins païens
recevaient le baptême. Mais son extrême popularité finit
par lui jouer un mauvais tour. Les femmes du pays s'ameutèrent contre
lui, parce que leurs maris, disaient-elles, perdaient leur temps à l'écouter
au point d'oublier d'ensemencer leurs champs, faucher leurs blés ou soigner
leurs chevaux. Elles lui firent toutes sortes de misères et un jour elles
lui jetèrent de spierres, forçant le saint à quitter Berrien
et à chercher ailleurs un autre abri.
Voulant construire son peniti, il demanda des bufs au manoir du Nank.
Mais les gens du lieu, avares, lui refusèrent disant que leurs bêtes
n'étaient pas à la disposition du premier venu. Ayant jeté
sa malédiction sur les bufs du Nank où désormais
le labour ne put être fait convenablement par ces animaux, il alla au
manoir du Rusquec. Là, le bon maître lui dit : "Allez dans
la montagne, vous y trouverez le troupeau de mes bufs au pacage. Vous
n'aurez qu'à choisir vous-même telle paire qu'il vous plaira."
Le saint choisit ses animaux, les attela avec des écorces de saule, en
guise de traits, à une branche d'arbre non dépouillée de
ses feuilles, faisant charrette. Il apporta des pierres et bâtit sa demeure.
Les bufs ne voulurent plus quitter
un tel maître.
Il avait réussi, seul, à bâtir sa maison. Mais il ne savait
pas y mettre une toiture. A ce moment, il dut donc recourir à un couvreur.
Le travail n'allait pas vite : il est vrai que l'ouvrier était seul.
Le saint pensa, alors, qu'il aurait peut-être pu l'aider.
- Que pourrais-je faire ? demanda-t-il.
- Vous pourriez, peut-être, me tailler des chevilles. Il me suffirait
ainsi de les poser et d'y accrocher les ardoises.
- Volontiers, répondit le saint. Sur quoi vais-je tailler ces chevilles
?
Le couvreur fut étonné de la question. La naïveté
de l'homme lui parut forte, très forte... La moquerie étant toujours
prompte, il décida de lui jouer un bon tour. Cela égayerait le
travail.
- Voyons, pourquoi diable chercher si loin ? répliqua-t-il au saint.
Et votre bonnet, donc ?... Il est, me semble-t-il, d'étoffe solide et
résistante. Prenez-le. Ce sera un excellent billot, croyez-moi
Le saint, persuadé qu'il s'agissait d'un bon conseil, et ne soupçonnant
aucun méchant tour, enleva aussitôt son bonnet. Il le posa tranquillement
devant lui, et, prenant une hachette, commença à tailler les chevilles
que le couvreur désirait.
L'ouvrier ne pouvait s'empêcher de sourire. "Le pauvre homme, se
disait-il. Il ne lui restera que des morceaux à mettre sur sa tête."
Saint Herbot [Herbaud], quand il eut fini l'ouvrage qui lui avait été
confié, reprit son bonnet comme s'il n'avait rien fait d'autre pendant
tout ce temps que de rester auprès de lui sur l'herbe. Le couvreur regarda,
étonné : le bonnet était intact. Son envie de rire lui
passa vite. Il vit alors à quel homme il avait eu affaire. Et il ne fut
pas un des moins zélés à répandre par lepays la
nouvelle de ce miracle et accroître la renommé déjà
naissante de saint Herbaud.
IV. Après avoir mené
une vie pure et toute consacrée au service de Dieu, Herbaud connut que
le temps de sa mort approchait, et qu'il allait bientôt recevoir la couronne
de justice qui lui était préparée. Lorsqu'il se crut à
ses derniers moments, il se revêtit de son habit d'ermite et s'étendit
sur la terre nue, se plaçant les bras en croix. Jaloux de sa sainteté,
et voulant profiter de l'état de langueur dans lequel se trouvait le
serviteur de Dieu, le démon l'attaqua par diverses tentations ; mais
Herbaud, fidèle à implorer le secours du ciel par la prière,
triompha de tous les efforts de l'ennemi du salut.
V. Cette tempête étant
apaisée, le pieux solitaire fut visité par un religieux, qui lui
apporta le saint Viatique. Il le reçut avec larmes et avec une grande
humilité, priant Jésus-Christ d'être favorable à
un pauvre pécheur. Ce fut avec les mêmes sentiments qu'il se munit
des derniers Sacrements de l'Eglise. Enfin, après avoir prononcé
ces paroles : "Seigneur Dieu, recevez mon esprit", il rendit son âme
à son Créateur. L'auteur de sa Vie rapporte qu'à l'instant
de son bienheureux trépas, le ciel brilla d'une clarté telle,
qu'il semblait que ce fût un nouveau soleil qui éclairât.
Les prêtres et les clercs du voisinage vinrent prendre le corps du serviteur
de Dieu, et l'inhumèrent dans l'église qui a porté son
nom.
Après sa mort, les bufs qui l'avaient aidé à bâtir
sa maison, restèrent autour de sa tombe. On les voyait accroupis côte
à côte devant le porche. Chacun pouvait venir les prendre à
la tombée de la nuit et s'en servir pour labourer, à la condition
de les ramener avant le lever du soleil. Dans tout le pays, il n'était
pas de bêtes aussi braves pour le travail. Malheureusement, un paysan
cupide les ayant retenus après l'heure, on ne les revit plus sous le
porche. Cependant, des gens prétendent les avoir vus tout blancs et lumineux
dans la nuit où parfois on entend des meuglements surnaturels.
Saint Herbaud aimait tant les animaux, surtout les vaches, bufs, veraux,
génisses, qu'en entrant au paradis il demanda à être leur
patron.
| "Dans le chur de l'église de Saint-Herbot", dit M. de Fréminville (Antiquités du Finistère), "est le tombeau du pieux anachorète saint Herbaud. Il consiste en un sarcophage d'un granit assez grossier ; sur le dessus est sculptée en relief la statue couchée du Saint, placée sous une arcade gothique. Il est représenté en robe d'ermite avec un camail rabattu ; il a les cheveux et la barbe longs ; son Bréviaire est suspendu à son côté droit. Du bras gauche il soutient son bourdon ; ses pieds, qui sont nus, reposent sur un lion couché, ce qui est assez remarquable dans la statue tumulaire d'un religieux. Le tombeau de saint Herbaud ne porte ni insciption ni date, mais il paraît être du même temps que l'église qui le renferme". |
Les guerres attirant souvent, dans
les XIIIè et XIVè siècles, les Anglais en Bretagne, des
soldats de cette nation, alors catholique, pénétrèrent
dans l'église de Saint-Herbaud, et enlevèrent son chef, qui était
orné d'or et d'argent. Ils prirent aussi la Légende qui contenait
l'histoire de sa vie, et emportèrent le tout dans leur pays. Le reste
du corps fut respecté, et servait aux serments solennels que faisaient
les gens qui avaient des procés.
Tiré de D. LOBINEAU : Les Vies des Saints de Bretagne.
Mgr. Paul Guérin - Les petits Bollandistes : vies des saints - 7è édition - 1876 - Paris
note
: le second paragraphe est tiré de Vies des bienheureux et
des saints de Bretagne
par M. de Garaby (1839) - Saint-Brieuc.
le
troisième paragraphe et une partie du dernier paragraphe sont tirés
de G. Millour, Les Saints guérisseurs et protecteurs du bétail
en Bretagne ( 1946) - Paris
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